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vendredi 10 janvier 2020

D'un Dialogue aux Enfers,… l'autre...


« Écoutez-moi et vous en jugerez. Il s'agit moins aujourd'hui de violenter les hommes que de les désarmer, de comprimer leurs passions politiques que de les effacer, de combattre leurs instincts que de les tromper, de proscrire leurs idées que de leur donner le change en se les appropriant. » (Propos prononcés par Machiavel dans le texte de Maurice Joly)


1983 - Le Petit Odéon (alors annexe de la Comédie Française) programme une adaptation par Pierre Franck du texte de Maurice Joly "Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu". Tout concoure à en faire un grand moment de théâtre : l'adaptation, la mise en scène dont la simplicité rivalise avec l'efficacité, et les deux comédiens : Michel Etcheverry et François Chaumette… époustouflant. Sans oublier bien entendu le texte de Maurice Joly, dont peu se souviennent qu'il conduisit son auteur en prison,… puis finalement au suicide.


Grande était alors la tentation de se reporter au texte initial pour retrouver et approfondir les réflexions de l'auteur. Surprise. Le texte était introuvable. Pas interdit. Pas épuisé. Banni ! Apparemment, y compris par les libraires eux-mêmes. Censure officieuse, auto-censure ? Il ne restait qu'à se mettre en chasse d'exemplaires d'occasion. Pas facile ! En attendant la réédition en 1992 par un éditeur courageux, Allia

Il restait aussi la possibilité d'une piqure de rappel. Une occasion eu fut donnée fin 1984 par la manifestation "Feux d'Automne" organisée pour le 20° anniversaire de la fondation du Théâtre Ecole de Montreuil (TEM). Le Dialogue figurait parmi les 24 spectacles programmés à cette occasion. Conclusion : non seulement le spectacle supportait d'être revu à un an d'intervalle, mais le plaisir, la jubilation, et l'admiration pour la performance des comédiens étaient aussi éclatants que lors de la première découverte du texte.



La suite… Il y a des textes qui vous poursuivent et vous poursuivront toujours ! D'autant plus que la comparaison entre le texte de Maurice Joly et la version de Pierre Franck montre à la fois la richesse du matériau de départ et l'apport de l'adaptateur faisant d'un texte long et non dépourvu de lourdeurs un texte percutant (et totalement d'actualité). La tentation était grande de profiter de cette richesse du texte pour commettre une nouvelle ré-écriture. .
Et puis finalement, j'en suis venu à me poser une question : que serait aujourd'hui l'enfer dans lequel pourrait s'affronter deux maîtres de la dialectique politicienne. Ceci ne pouvait que peser sur l'utilisation faite du texte de Maurice Joly.


lundi 14 janvier 2013

TEM… Suite et fin (…-1990)

(Pour consulter les billets précédents sur le Théâtre Ecole de Montreuil (TEM), cliquer le lien correspondant dans la colonne de gauche)


Qu’y a-t-il de spécifique dans l’écriture théâtrale ?
Philippe Minyana : C’est une langue parlée, à parler, qui sera projetée. Donc, elle a son rythme, ses propriétés. Elle est très différente de la langue romanesque. Je suis toujours gêné, au théâtre, quand j’entends une langue plate, une langue morte, une langue de roman aussi belle soit-elle, si elle n’est pas « mâchée » pour la scène. Un de mes buts est donc de rechercher la langue de théâtre. Je ne suis pas le seul, d’ailleurs. Nous sommes beaucoup d’auteurs préoccupés par la syntaxe de la langue de théâtre.
Recueilli par
Vincent Cambier
Les Trois Coups (http://www.lestroiscoups.com/article-3569978.html)

Il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte. Après deux années d'expériences formatrices et enrichissantes, le bonheur de jouer "Le bastringue", puis 'Les diablogues", la magie n'était plus totalement au rendez-vous. Un problème temporaire de disponibilité, associé à la difficulté à retrouver le plaisir partagé des premières années, conduisit à prendre du recul et à quitter le TEM pour un peu plus d'un an… Puis à y revenir, toujours dans le cours de Michèle Bisson. Le groupe initial s'était alors dispersé dans la nature, mais se trouvait remplacé par des "nouveaux" avec qui de nouvelles aventures étaient possibles… et dont nous retrouverons certains, comme Jean-Pierre Fournier, ultérieurement dans d'autres contextes théâtraux. Il y aura des hauts et des bas dans ces nouvelles aventures, et ce jusqu'à un départ définitif (comme élèves, pas comme spectateurs) en 1990. Parmi les "hauts" figure certainement le contact avec une écriture contemporaine particulière, celle de Philippe Minyana. En 1988-89, l'année où Michèle nous proposa de travailler deux de ses textes (Inventaires et Les Guerriers), son théâtre n'était publié que depuis peu de temps. Son écriture sans ponctuation étonnait alors, tout comme son utilisation d'un langage non littéraire évoquant - au moins en apparence - le langage de tous les jours.





 



Photos prises durant les répétitions de "Les Guerriers" (mai 1989)



dimanche 6 janvier 2013

Bastringue à Montreuil 1983-1984


"L'art c'est beau, mais c'est du boulot !"
(Karl Valentin)

Montreuil (93). Autrefois surnommée Montreuil les Pèches à cause de ses vergers. Devenue un patchwork d'îlots pavillonnaires et des quartiers "à problèmes".
Venant de Paris, après avoir traversé les Lilas et une partie de la commune montreuilloise, on se retrouve sur une sorte d'échangeur inter-urbain, la Croix de Chavaux. En le contournant, on parvient à atteindre la rue Marcellin-Berthelot. Et donc le Théâtre Berthelot, une salle où Georges Méliès - l'inventeur du spectacle cinématographique - termina sa carrière, chassé de son propre studio. Salle dont Jean Guerrin, fondateur et directeur du Théâtre Ecole de Montreuil (TEM), assure la programmation. Ce jour de 1983, on y joue une pièce adaptée du recueil de Chaval "Les gros chiens". Chaval, l'immortel auteur de "Les oiseaux sont des cons" !

Bon spectacle (… de mémoire), et opportunité de glaner des informations sur le TEM.
Le TEM approche alors de sa vingtième année d'existence. Cette école est alors une expérience à peu près unique en France. Non seulement école, mais également lieu de création, puisqu'il a bourlingué durant ces années à Paris (au Théâtre de l'Est Parisien), en province, à Londres,… et jusqu'au "IN" d'Avignon (pour Henry VI de Shakespeare). Sur le TEM voir Wikipedia et le site de T2A.


La sélection se fait tous les ans à la rentrée, dans les locaux du TEM, le bâtiment d’un ancien centre de formation professionnelle. Tous ceux qui espèrent pouvoir suivre les cours de l'année 1983-84 sont réunis dans une des salles de travail. Face à eux, les futurs encadrants et surtout Jean Guerrin. On sent qu'être inscrit aux cours du TEM n'est pas un droit (surtout lorsqu'on n'est pas montreuillois, l'institution vivant pour une large part des subsides municipaux). Jean prend la parole. Pour ceux qui ne le connaissent pas, le personnage paraît froid, voire tranchant. En fonction de votre ancienneté dans la maison, du nombre d'heures que vous êtes prêts à consacrer chaque semaine à votre formation théâtrale, vous pouvez demander à vous inscrire sur la liste de tel encadrant qui peut accueillir un nombre maximum d'élèves.
Ouf ! C'est bon pour cette année, dans le groupe de Michèle Bisson qui ne comprendra que des débutants (elle même débute cette année son activité d'encadrante).
Que dire de l'enseignement du TEM, sinon qu'il est cadré, suivant une progression définie (inspirée pour une large par de Stanislavski). Exercices techniques alternent avec travail sur les textes. Durant le premier trimestre, il y a comme on dit du déchet. Tous ne tiennes pas le rythme. Et puis en cours d'année, Michèle Bisson lance l'idée que nous pourrions monter un spectacle. Elle pense plus précisément à "Le Bastringue" de Karl Valentin. L'idée est simple,… mais pas sa mise en oeuvre. Au TEM on vient pour se former, et jouer n'est pas un droit ! Il y a bien une petite salle de spectacle dans les locaux (le studio), mais elle n'est ouverte qu'à un nombre restreint d'individus déjà expérimentés travaillant directement avec Jean Guerrin. Jean est donc plutôt défavorable, ne voulant pas cautionner une production médiocre de débutants. Tout au plus accepte-t-il ne mettre Michèle et ses comédiens au pied du mûr : bossez et on verra au final si vous pouvez jouer ! Et même si vous jouez, vous n'aurez pas droit au studio, mais vous utiliserez la salle où vous répétez (qui devait à l'origine servir de garage à l'école qui occupait les lieux). Les répétitions vont alors succéder aux répétitions,… soirées,… week-ends,…
Le Bastringue :  “Les disgressions sont si nombreuses qu’elles occupent finalement tout le terrain” écrit Jean-Louis Besson (co-traducteur de Karl Valentin). Alors, étant donné l’effarement des musiciens, le désarroi hargneux du chef, les trous de mémoire de la chanteuse et autres bagatelles, c’est bien le diable si l’orchestre du Bastringue arrive à donner son concert".
Une des "chances de ma vie", Michèle m'a distribué le rôle du chef d'orchestre ! Par sa lecture du texte, elle en a accentué la cruauté… et donc l'humanité. Le chef se trouve "tiraillé" entre trois femmes (rapports univoques, bien entendu) : le premier violon (Louise R. Caron,… même si ce n'est pas sous ce nom qu'elle apparaît à l'époque), la soubrette (X), la chanteuse (Brigitte Le Gargasson). Sans oublier le cycliste acrobate (Philippe Desperier), et les sept autres comédiens. Quant au final, ce sera un quasi-meurtre du chef par l'ensemble de l'orchestre : à sa question "Je ne vais tout de même pas me pendre pour ça", tous répondront "si, si, si,…".


Le chef d'orchestre (Michel Caron)














Le 1er violon (Louise R. Caron)














La chanteuse (Brigitte Le Gargasson)



       La soubrette




A posteriori, il fallut à Michèle Bisson beaucoup de courage pour se lancer dans une telle aventure avec 12 comédiens inexpérimentés… mais investis. C'est donc tout naturellement qu'une partie de ceux-ci allaient se retrouver l'année suivante !

samedi 5 janvier 2013

De dialogues en diablogues (1984-1985)

"Jouer la comédie pour quelqu'un, c'est essayer de lui faire comprendre qu'il n'est pas là" (Roland Dubillard)
" On a l'obsession de Dionysos. Chacun se raconte à sa manière son histoire du théâtre. Chacun se l'invente. Ça l'aide pour agir. Moi, je me suis inventé l'idée que le théâtre est né dans une espèce de grande beuverie, où trois mecs un peu éméchés se sont mis à jouer et que les autres ont applaudi en regardant" (Cie Le Théâtre de l'Unité, in Programme de Feux d'Automne, 1984)

 Rentrée 1984. Deuxième année au TEM, toujours sous la responsabilité de Michèle Bisson qui, suite à l'expérience positive du Bastringue l'année précédente, a désiré retrouver ses anciens. Rentrée toute particulière pour l'ensemble des élèves et pour l'établissement : Le Théâtre Ecole de Montreuil a 20 ans cette année (1964-1984). A cette occasion une manifestation qui va durer 3 mois est organisée. Feux d'automne : 21 compagnies, 24 spectacles, 7 créations. Soirées animées et nuits folles !

D'emblée, nous sommes mis en face du "big-boss", Jean Guerrin, ce qui n'est pas courant lorsque l'on est pas sous sa responsabilité directe. Formation rapide aux "événements de rues" qui doivent ouvrir cette période. Après avoir rapidement revêtu quelques oripeaux plus ou moins grotesques (photos ci-dessous), nous nous transformons en enquêteurs sur la voie publique. A proximité de la Mairie de Montreuil nous sommes munis d'un questionnaire et chargés d'enquêter sur un "projet" qui reviendrait à détruire la dite Mairie. Les passants sont à la limite plus étonnés par notre accoutrement que par nos questions. On voit tant de chose de nos jours ! Quelques-uns argumentent, trouvant que ce serait du gâchis de démolir un bâtiment visiblement en excellent état.







Sondage
d'opinion
dans le cadre
des 20 ans
du TEM. Les
enquêteurs :
photos 1 et 2,
M. Caron.
Photo 3 :
L.R. Caron.

Notre enquête n'était qu'un avant-goût d'autres évènements : Le Mariage (Théâtre de l'Unité), partant du centre ville et se terminant en grandes pompes à la Mairie et… l'embrasement de la Mairie (Nuits Blanches évènements) prise d'assaut par des êtres étranges mi-spéléologues mi-hommes-grenouilles…

… Et puis deux mois de théâtre avec entre autres Philippe Avron, le Café de la Gare, et la Comédie Française (Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu). Puis pour reprendre son souffle : la fête du 20° anniversaire au centre des expositions de Montreuil :
" Un moment de convivialité débridée où l'on pourra côtoyer le nain et le géant, s'asseoir à la table des grands de ce monde ou s'isoler auprès des plus humbles… Une fête pleine de surprises et d'imprévus… Avec en prime quelques animaux exotiques…" (Programme de Feux d'Automne).
Les spectateurs commençaient par traverser un grand hall d'exposition parsemé d'attractions, avant de se répartir dans différentes salles pour un dîner "théâtralisé". Nous étions en charge d'un des groupes de convives. Pas les plus gâtés. L'accueil d'abord. Si une partie d'entre nous avaient une attitude effectivement accueillante, les autres fuyaient tout contact et se refusaient à répondre à d'éventuelles questions. Les plats ensuite. Ceux-ci devaient n'utiliser que les couleurs noir et rouge… Le résultat final n'était pas un sommet de la gastronomie !

Il ne restait plus alors que quelques semaines jusqu'à la fin '84, pour assister au dernier spectacle programmé et pour nous consacrer plus pleinement aux cours du TEM.

Pour notre groupe, 1985 fut l'année Roland Dubillard. Les Diablogues, interprétés par Claude Piéplu et l'auteur, avaient été créés 10 ans auparavant au Théâtre de la Michaudière. Edités en 1976, ils avaient été depuis peu (ou pas ?) repris. Michèle Bisson eu l'idée de profiter des différents "lieux"(y compris les toilettes, la réserve des accessoires,…) des locaux du TEM pour en faire un spectacle "itinérant" au sein du bâtiment, différents groupes de spectateurs se déplaçant d'un point à un autre en suivant un guide (chacun était tour à tour guide et comédien). Bon moments pour les spectateurs… et pour nous qui exceptionnellement pouvions assister au travail de nos camarades en (presque) position de spectateurs.





Les Diablogues au TEM (1985). 1 : Affiche du spectacle. 2-5 : Tragédie Classique (UN : L.R. Caron, DEUX : M. Caron). 6 : Salut final avec l'ensemble des comédiens.