Affichage des articles dont le libellé est Théâtre de l'Est Parisien (TEP). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Théâtre de l'Est Parisien (TEP). Afficher tous les articles

lundi 9 novembre 2015

AUTOUR DU THÉÂTRE DE MICHEL VINAVER

Autour du théâtre de Michel Vinaver, quelques archives resurgissant des classeurs…

LES TRAVAUX ET LES JOURS (1979)



Les travaux et les jours (1979), mise en scène d'Anne-Marie Lazarini en 2001 à l'Artistic Athevains
Mise en scène de Robert Cantarella en 2003 au TEP.
Les travaux et les jours (1979), mise en scène d'Anne-Marie Lazarini en 2001 à l'Artistic Athevains (brochure de
présentation du spectacle).



A LA RENVERSE (1980)






L'ÉMISSION DE TÉLÉVISION (1988)






À compléter sur le fil du temps...


mardi 14 octobre 2014

AUTOUR DE L'OPÉRA DE QUAT'SOUS (1)

Autour du travail sur Brecht et L'Opéra de Quat'sous que font ce trimestre les participants à l'atelier de formation théâtrale de la Compagnie T2A m'est venu l'idée de fouiller dans mes archives pour faire émerger quelques documents.
L'Opéra de Quat'sous… sans doute la pièce dont j'ai vu jouer le plus de versions différentes en concurrence avec le Dom Juan de Molière).
A tout seigneur tout honneur, je commencerais par un dossier édité par le Théâtre de l'Est Parisien (TEP) en 1974 (la première version à laquelle j'ai assisté, dans la mise en scène de Guy Rétoré). C'était l'habitude durant cette période du TEP d'éditer pour chaque spectacle un dossier contenant reproduction de gravures et textes. Je reproduirais donc ci-dessous quelques documents de ce dossier. Parmi les textes, le plus intéressant est celui de Brecht lui-même sur la musique. Du côté de ses exégètes, il ne faut pas oublier que nous sommes alors en pleine période d'appropriation néo-stalinienne (pas toujours néo !) du dramaturge. Je ne résiste pas au plaisir de citer les précautions que prend un certain Arturo Lazzari pour introduire son commentaire sur l'Opéra : "En 1926, Elisabeth Hauptmann, traduisit de l'anglais, "l'Opéra des gueux" de John Gay ; Brecht, qui dans les années précédentes, s'était débarrassé de son passé expressionniste, dadaïste, anarchiste,…" (Oh ! St-Staline… protégez-nous du mal !).


Couverture dossier Opéra de quat'sous

Présentation dossier Opéra de Quat'sous


A l'origine du texte, L'Opéra du Gueux (parfois nommé comme ici "des gueux".





Sainte Alliance. Dessin de Thomas-Théodor HEINE (1867-1948), un des fondateurs du journal satirique allemand "Simplissimus".



L'IMPORTANCE DES SONGS POUR BRECHT

George GROSZ (1893-1959)
Deux filles. PASCIN (1885-1930)

Bernard DORT (1929-1994)
Sketch. Dessin de Otto DIX (1891-1969)

vendredi 20 décembre 2013

Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 8

Dernier épisode


Guy Rétoré laissera sa place de directeur en juillet 2001, après une longue polémique l'opposant à Catherine Trautmann imposant Catherine Anne comme successeur. Plutôt que de commenter ce qui fût la vraie fin du Théâtre de l'Est Parisien, je préfère reproduire deux documents d'époque.

Le 9 avril 2001, Guy Rétoré avait publiée la lettre ouverte  à Catherine Anne reproduite ci-dessous : 

Madame,
J'admire votre hardiesse à dire ce qui appartient au passé de ce qui relève de l'avenir ; je n'aurais jamais osé parler ainsi à mes aînés.
Il est vrai que je n'ai jamais convoité le théâtre d'un autre.
C'est là notre différence : je fais un métier, vous menez une carrière. Vous candidatez partout, vous attendez que le ministère vous octroie un lieu digne de votre talent, que le Syndeac vous bénisse, et vous réclamez ce que vous croyez être votre dû, simplement parce que le ministre a accolé - par hasard, peut-être - votre nom à mon théâtre.
Peut-être que la politique est partout chez elle. Peut-être qu'en droit votre position tient. Mais de vous à moi, d'artiste à artiste, je vous dis qu'il n'y a pas que le droit. Et c'est contre cette violence aveugle du droit, là où il n'y a pas d'autre enjeu que l'art, que je m'érige.
Vous seriez-vous inclinée devant mon refus, seriez-vous restée hors du débat, j'aurai peut-être cédé.
Mais me rappeler à mes devoirs. Vous ! C'est trop !
Je me bats, vous le savez, pour l'identité d'un lieu que j'ai fait tout entier. Les murs appartiennent peut-être au ministère, l'esprit m'en revient.
En son temps, Dasté avait désigné Pierre Vial comme successeur, Gignoux proposé Vincent, Monnet choisit Lavaudant. Récemment Danet a été consulté. Bref, des pères fondateurs de lieux, je suis le seul à qui le ministère refuse la concertation.
Au reste, vous avez sans doute raison de participer à cette curée. Car de mes amis de quarante ans de toute la profession, pas une voix qui s'élève en ma faveur. C'est à qui criera le plus fort, haro sur le baudet, pour le faire déguerpir.
" Selon que vous serez puissant ou misérable. " Je suis seul parce que je suis misérable.
Et parce que je suis misérable, je suis acculé à résister.
Je vous souhaite bonne chance.

Autre document. Un article de Jacques Bertin publié le 5 avril 2001 dans la revue Politis.

L'affaire Rétoré

J'avoue que cette affaire me fait rire, sauf le respect que je porte à Guy Rétoré et à ses autres protagonistes. L'affaire de la succession du directeur du Théâtre de l'Est parisien, c'était un des désaccords que j'ai eus avec Catherine Trautmann, et je l'ai dit plusieurs fois. Rétoré, âgé de 77 ans, souhaitait, depuis longtemps, en passant la main, participer à la nomination de son successeur dans ce théâtre qu'il avait fondé, à la fin des années 50, dans l'esprit de la "décentralisation": travail de proximité, mobilisation d'un public qui ne soit pas seulement celui des intellectuels et des bourgeois, accompagnement du théâtre avec un travail de formation du public et du citoyen. On sait que nos élites se sont mises au début des années 80 à détester ces thèmes et à mépriser ceux qui les défendent. Ce qu'ils ont nommé le "vilarisme" a été déclaré par eux "obsolète". Un jour, en 1999, Rétoré apprit que Catherine Trautmann -assez éloignée pourtant de ce mépris- avait nommé Catherine Anne au TEP. Rétoré, cueilli a froid par la nouvelle, refusa de plier. Et aujourd'hui, Catherine Anne, qui devrait entrer dans son théâtre en juillet, réclame son bien. (Catherine Tasca a eu à régler déjà un problème du même type: celui de Planchon. Planchon, qui s'est -au moins- déconsidéré dans l'affaire de la vente des cinémas CNP de Lyon, a été honoré, lui, d'une solution permettant un départ dans l'honneur et davantage. Rétoré, qui n'a pas de casseroles, en sera-t-il pénalisé?)
Le Syndeac (syndicat des patrons du théâtre public) conseille fortement à Rétoré d'être raisonnable. Les directeurs d'équipements ne sont pas des barons, lui écrit sérieusement son président, Jean-Claude Fall, ce qui me fait bien rire. Car le baronnisme (si j'ose dire) du milieu est une constante depuis au moins vingt ans. Simplement, il est habituellement motivé par des raisons carriéristes et d'argent, voilà tout.
Rétoré envoie paître tout le monde avec un beau mépris de vieux, qui peut s'expliquer par le fait qu'il a déjà été une première fois poussé vers la sortie, lorsque Jack Lang décida de faire de son TEP (qui à l'époque était installé rue Malte-Brun) le Théâtre national de la Colline. Ce type qu'on prend pour un con et qui n'a rien d'un ambitieux, vraiment, a déjà créé et réussi deux théâtres, dites donc, ce n'est pas rien. Donc, pour une fois, le problème posé n'est pas celui de la carrière, mais celui de la fierté et du sens à donner au travail de toute une vie. Qui fut aussi de toute une époque où les élites se battaient pour retrouver le peuple, où être un idéaliste, c'était entrer dans une armée amicale, où les ringards étaient millions.
Une solution serait simple: puisque Catherine Anne a mérité, nous dit-on, une charge, qu'on lui en donne une quelque part! Et on se concerterait enfin avec Rétoré pour que le TEP reste un théâtre selon une idéologie qui ne soit pas celle des barons déguisés en agneaux. Catherine Anne serait contente; Rétoré et les militants de toutes les actions culturelles se sentiraient respectés; et madame Tasca aurait montré et son talent et son attachement à un principe qui pourrait avoir de l'avenir, l'histoire est tellement capricieuse… Voyez, madame: les journaux de ces jours-ci sont pleins de bonnes résolutions sur la démocratie de proximité, le travail à la base, et tout ça… Allez, vous avez laissé fleurir là un symbole. Le laisser vivre serait un geste politique (et historique) habile. Et ne coûterait pas cher, pour une fois.
Jacques Bertin











Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 7

J'ai traité précédemment de l'aventure qu'a constitué l'écriture et la représentation du montage collectif "Mal de mer sur terre ferme" au TEP en 1993-1994.
J'ai évoqué au passage le contexte dans lequel elle se déroulait : la mise à mort annoncée par les "pouvoirs publiques" du Théâtre de l'Est Parisien tel que l'avait conçu Guy Rétoré. Avant d'y revenir, deux mots sur la fin de notre aventure TEPienne. Le rideau tombé (c'est un cliché, il n'y avait bien entendu pas de rideau), tout était réuni pour un adieu définitif. 
Il y eu pourtant trois rappels. Sans entrer dans les détails, entre autre à cause de l'absence de documents ou iconographies exploitables (si certains en ont… ne les gardez pas pour vous), je soulignerai ce qui a pu influer sur nos trajectoires.

1. Premier rappel : rentrée 1994
Tout était fini… sauf une possibilité de prolongement jusqu'à la fin de l'année. On peut y voir au moins deux causes :
- Michel Azama, qui avait rejoint le groupe des "encadrants" en cours de route, était encore en résidence pour plusieurs mois. Je suppose que cette résidence impliquait un travail d'écriture au travers d'échanges avec une partie des anciens de "Mal de mer".
- La crise de succession approchant, Réto tentait de constituer autour de lui des cercles de "fidèles" pouvant former des groupes de pression.

Point fort de ce rappel : l'importance accordée à l'écriture. L'absence de perspective donnait sans doute à Michel Azama une liberté d'intervention qu'il n'aurait pas eu dans un autre contexte. Les notes que j'ai gardé donnent un faible idée des thèmes abordés. L'usage pouvant être fait du matériau : du rassemblement, à sa scrutation et à son traitement. L'intérêt de l'élargissement mythologique. Etc. Nouvelle aventure… nouvelle fin !

2. Deuxième rappel : rentrée 1995
Cette fois c'est dans le cadre de la manifestation "Le temps des livres" que se présentait la possibilité de se retrouver dans (je cite) : un théâtre "hors les murs" qui expérimente une nouvelle façon de jouer et de dire (lire : théâtre en appartement). L'aventure, titrée "Les mots de l'histoire", se déroulait sous la direction de Jacques Hadjaje. Timing : environ un mois pour rassembler le matériau, apprendre les textes et répéter. Trois groupes présentaient le même spectacle en "alternance" dans des lieux différents. Les spectateurs du TEP étaient invités soit à proposer de recevoir le spectacle chez eux, soit à venir louer une place (c'était payant) au guichet où on leur donnait l'adresse de l'appartement où ils devraient se rendre.
En l'absence d'une direction psycho-rigide, nous avions eu la possibilité de constituer les groupes assez librement. En conséquence nous nous retrouvions dans un groupe "affinitaire" partageant une vision proche (exigence dans le travail, expérimentation d'une forme de jeu que nous n'avions pas pratiquée auparavant,….).


Point fort : la découverte du théâtre en appartement, du jeu de proximité, débouchant pour certains sur le désir d'explorer plus avant cette petite forme théâtrale (ce fût notre cas, ou celui d'autres compagnons de théâtre réunis autour de Pascal Dereudre). Ce désir ne correspondait pas nécessairement avec la vision de la direction du TEP. C'est une autre histoire !

3. Troisième rappel : rentrée 1996
A nouveau Le Temps des Livres, avec un projet semblable au précédent, également sous la responsabilité de Jacques Hadjaje. Cette fois-ci le thème est "Le théâtre dans le théâtre". Les représentations n'ont plus lieu en appartement, mais dans des locaux associatifs. Par rapport à l'année précédente, Réto est plus présent. On ressent une volonté de prendre les choses en mains, de contrer ce qui pourrait ressembler à un jeu de comédien (opposé à une spontanéité, voir une naïveté, illusoire et idéologique). Ceci conduira vite à des oppositions verbales ou écrites, la dernière représentation se passant dans une ambiance tendue.


Fin de l'aventure, mais pas du compagnonnage avec le TEP. Comme je l'ai déjà souligné dans cette dernière phase Réto recherche des soutiens qui lui permettraient d'imposer un successeur qui ne vienne pas pour brader la maison avant de passer à autre chose.

Ceci prend en particulier deux formes.

1- La constitution d'un illusoire "conseil des spectateurs" (spontanément suscité par Réto), qui ne fonctionnera jamais en tant que "groupe de pression". Nous prendrons l'initiative de l'utiliser pour faire venir André Degaine (avec qui nous étions en contact par ailleurs) avec sa conférence sur l'Histoire du Théâtre.

2- Un certain repliement sur le cercle des "copains de Réto", en ce qui concerne la programmation. Malgré quelques moments forts (comme la venue de Jean-Luc Lagarce) ceci ne se fait pas toujours au bénéfice de la qualité. Progressivement, les spectateurs tendent à se raréfier. Ceci n'empêche pas de passer encore quelques bonnes soirées, après les spectacles, où Réto sort sa cuvée spéciale.

Nous resterons des spectateurs fidèles jusqu'au bout (juillet 2001), mais notre vie théâtrale se déroule alors ailleurs. Après l'arrivée de Catherine Anne comme directrice (imposée par le pouvoir), nous tenterons de continuer à fréquenter le théâtre. La programmation n'y était ni franchement bonne, ni franchement mauvaise, avec un large part consacrée au "théâtre pour la jeunesse". Ayant de plus en plus le sentiment de nous trouver confrontés à une coquille vide, désertée par ce qui avait fait l'esprit du TEP (et par son personnel du temps de Réto qui abandonnait le navire aussitôt qu'une possibilité se présentait), nous préférerons finalement ne pas y retourner.

lundi 30 septembre 2013

1994 : MAL DE MER SUR TERRE FERME


Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 6


Pour une fois, je permute titre et sous titre dans cette chronique. Non pas que l'année de grâce 1994 aurait vu les vautours de la "culture" renoncer définitivement à leurs projets. Simplement parce que le temps de la représentation est sans doute le seul où l'on peut s'abstraire (au moins essayer) des aspects négatifs du contexte pour se consacrer au spectacle. Ce qui suit ne comportera donc aucune réflexion à posteriori, mais se limitera à une sorte de reportage mêlant extraits du textes et photos (prises généralement les derniers jours de répétition). 

Pour plus de détails "techniques", je renvoie au site Les Archives du Spectacle.

Un dernier mot avant de commencer sur le sommaire, chronologique, de cette chronique :
1 - 1983-1986 : Dans la jungle de la ville
2 - 1993 : Soixante-dix-huit salamandres en folie
3 - 1993-1994 : L'enterrement de la planète au scalpel
4 - 1993-1994 : Saucissonnons, saucissonnons,…


Nous somme donc à la première, le 19 juin 1994.

PROLOGUE

- Tout, tout de suite, de l'argent !
- De l'argent !
- De l'argent !
- Tout, tout de suite, mon lifting !
- Tout tout de suite ; tout, tout de suite pour moi, pour moi et rien pour les autres !
- Tout tout de suite, on arrête !



L'ENTERREMENT

- On ne sait pas ce qui se passe. Une armée de curieux déferle sur le Père-Lachaise. On ne sait plus où les mettre. On en attend encore des milliers et des millions !
- … toute la planète s'est donnée rendez-vous au Père-Lachaise. Les porteurs d'uniforme sont comprimés dans les premiers rangs.
- Il peut à grand flots. C'est comme une sorte de bourbier. On ne sait plus qui est quoi et quoi est qui !
- Une rumeur circule. On va porter la Terre en terre…




BUFFET

- J'ai envie de sel sur ta peau.
- J'ai envie d'avoir envie.
- Je veux pas mourir, je veux juste vieillir.
- Enfin, ce qui est sûr, c'est que tout ce monde attend avec impatience le moment de se jeter sur la nourriture. La mort, ils s'en fichent pas mal… Moi aussi, d'ailleurs !
- Bon anniversaire Max.







SOUPER

- … Autour de moi, des taches noires, corps gras luisants, trapus, grouillant derrière les tables qui font aller et venir leurs mandibules dans un bruit infernal. On ne s'entend plus. Sous moi, j'entends nostalgique les cris d'une gamine, ce celles qui volent au dessus des pavés, écrasée, laissant écouler de son corps frêle un jus verdâtre.
- Cacher son incompétence. Garder la confiance de ses supérieurs. Ne pas montrer qu'on ne comprend rien ; juste sourire.



FOLIE ET ENFERMENT
Les rêves

… Moi, je suis le fils de mon père. Mon père c'est un naze. Il se lève tous les matins à 5 heures. Il bosse aux chemins de fer. Il inspecte les ballasts le long des voies ferrées. Quand il estime qu'il en mon un peu, il en rajoute, et quand il y en a trop, il en enlève. Il consigne tut sur un calepin. Vous parlez d'un boulot !
Et ils sont des dizaines de milliers à travers la France à comptabiliser les ballasts le long des voies ferrées. Mon père m'a proposé de venir bosser avec lui. Je suis allé poser ma candidature, ça a fait un heureux, mon père…




… ET POUR BOUCLER… QUELQUES PHOTOS EN VRAC : 












mardi 7 mai 2013

Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 5

Pour s'y retrouver dans cette chronique consulter :

1 - 1983-1986 : Dans la jungle de la ville
2 - 1993 : Soixante-dix-huit salamandres en folie
3 - 1993-1994 : L'enterrement de la planète au scalpel
4 - 1993-1994 : Saucissonnons, saucissonnons,…

1994 : La colle et les ciseaux

"Le montage de l'ensemble sera effectué dans les ultimes semaines. L'équipe d'animation prépare le sien, les stagiaires le leur, les deux propositions finales convergent facilement, étant guidées par la qualité de certains textes et scènes que tous gardent à l'esprit depuis leur création." (Philippe Ivernel, Sur les processus d'improvisation collectives dans les ateliers de création du TEP (1993-1994)

Que ceci est beau et simple… Mais revenons un peu en arrière. Comme décrit précédemment, le travail effectué au TEP en 93-94 conduisit à l'accumulation d'un matériau disparate et volumineux : simples phrases, textes plus ou moins élaborés, fragments plus ou moins déchiffrables griffonnés sur une page, retranscriptions de dialogues enregistrés,… Ceci censé constituer la base d'un ensemble cohérent, pouvant être livré à un public. Devant une telle tâche, une méthode bien connue : "la colle et les ciseaux". On découpe, on classe, colle, re-découpe, on écarte une partie sans la jeter tout de suite, et ainsi jusqu'à obtenir un résultat sensiblement satisfaisant. Démarche classique… mais d'une difficulté proportionnelle au nombre de participants. Le plus simple eut été que ceci soit confié à une petit noyau, trois ou quatre personnes au maximum, voire à une seule. Rien de choquant, en particulier si le ou les rédacteurs avaient une expérience reconnue en écriture théâtrale. J'ignore comment fût prise la décision finale mais, comme cité plus haut, elle consista en l'élaboration parallèle de deux projets. Et il fallait aller vite !  D'une part, objectivement le temps pressait. Et d'autre part, il y avait de fait une concurrence entre les deux élaborations en cours. Si le document de "l'équipe d'animation" était achevé alors que celui des "stagiaires" était balbutiant, ce dernier se trouvait plus ou moins disqualifié. Seule issue, y consacrer nos soirées. Enfin celles d'un noyau disponible et motivé. Résultat : les deux projets étaient bouclés dans un temps record. Mais… on pouvait s'y attendre… différents. Frémissement ! Que faire ? Chaque groupe avait (bien) travaillé,… et était prêt à défendre le résultat de son travail. Il y eu disons,… un petit moment de malaise. Pas la convergence facile dont parle Philippe, ni une crise ouverte chacun désirant mener le projet à bien. Retour donc à la colle et aux ciseaux pour aboutir à une synthèse. Soixante dix pages répondant au titre "Mal de mer sur terre ferme", divisé en 12 "tableaux" : Prologue, Enterrement, La curée, Buffet, Souper, Le noir, Le banquet en "U", Le zoo, Folie et enferment, Les coursives, Les yaourts, Choeur parlé.

Il restait à transformer ce montage en spectacle. George Werler allait diriger mise en scène et en espace avec l'autorité et l'exigence qui le caractérisent (ce n'est pas une critique), avec l'assistance de Francis, Jacques et Michel. Démarche classique, indispensable. Réto, lui laissait les mains libres. Il avait une "maison" à gérer, d'autant plus que les nuages de ce que j'ai nommé une "mort annoncée" commençaient à se profiler à l'horizon. Mais tout ceci est une autre histoire sur laquelle je reviendrais. Pour l'instant, deux photos illustrant "la colle et les ciseaux", avant une série d'autres sur le spectacle.

De G à D : Louise R. Caron, Isabelle Dufrene, Laurent Contamin,  Fabienne Fontaine.

De G à D : Angelina Lugrin, X, Francis Henriot, Louise R. Caron

mercredi 27 mars 2013

Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 4

"Le premier jour. Je suis arrivé dans le grand hall juste en sortant de table. On s'est retrouvés sur la scène.
Quelle émotion… ça creuse !!!
J'ai dû reprendre une collation en rentrant. J'ai tenu le coup jusqu'à la fin du trimestre où on nous a collé tout autour avec des gens au milieu qui nous regardaient. C'était pas mal. Surtout après quand on est remonté. Y'en avait partout, du solide et du liquide… à se rendre malade.

Le deuxième trimestre a été plus calme. Sauf le jour où il y a eu encore des gens qui sont venus. Moins que la première fois… Heureusement, sans ça il n'y en aurait pas eu assez pour tout le monde.

Le plus dure ça a été le troisième trimestre… Régime spartiate. Jusqu'au grand soir, l'estomac serré. Un p'tit remontant, pour se donner du coeur au ventre, et il va falloir rentrer.
J'inspire un grand bol d'air. J'hésite un instant et j'avance en entendant confusément cette voix derrière moi : "Allez vas y… Y vont pas te bouffer".

m.c., TEP 18/04/94 (durant une séance de travail avec MIchel Azama).

"Avant de décrire comment la folie des salamandres allait conduire à l'enterrement de la planète, il faut parler de cette saison 1993-94. Le dire c'est bien, le faire frise l'impossible tant cette année fut intensément vécue par des individus qui… ne vivaient pas nécessairement la même chose ! Je ferai donc ce que l'on fait souvent lorsque l'on se trouve confronté à un problème trop imposant, je le découperai en rondelles. " (Chronique d'une mort annoncée 3)

Quitte à me redire, pour comprendre ce qui suit il faut se reporter aux articles précédents. Ceci étant dit...

Saucissonnons, Saucissonnons,…

… Mais cette fois-ci, saucissonnons sur les aspects positifs de l'aventure. Beaucoup plus difficile que de dégager le "moins positif". Ce qu'il y a de meilleur dans une aventure,… c'est qu'elle ait lieu. Et qu'elle ne se casse pas la figure en cours de route. Ces deux conditions ont été remplies. Chacun y a trouvé un peu de ce qu'il cherchait. A posteriori, ceci me suggère une réflexion. Non seulement je saucissonne… mais je disgresse. J'ai depuis remarqué qu'il y a des conditions optimales pour qu'une expérience théâtrale - réunissant un groupe plus ou moins important - aboutisse (1). Ainsi lorsque sont réunies une douzaine de personnes. Le nombre de participants est suffisant pour une "dynamique de groupe", et pas ingérable par excès (un trop grand nombre de participants génère souvent des abandons). Un ou deux encadrants suffisent pour manager un tel groupe. On travaille finalement à l'économie. D'autre part, des expériences plus ambitieuses peuvent réunir une cinquantaine de participants motivés. Les besoins sont ici différents : plusieurs encadrants (représentant si possible différents "métiers" du théâtre), un lieu stimulant - et quoi de plus stimulant qu'un "vrai" théâtre,… et des subventions permettant à l'édifice de fonctionner. Nous étions typiquement au TEP dans ce dernier cas de figure. On peut souhaiter à tout comédien ou apprenti-comédien de se trouver un jour embarqué dans une telle folie collective ! Que dire d'autre  !

A ce stade, il peut être nécessaire de dire un mot du contenu de ce que furent nos séances de travail. A première vue, rien de strictement original. Training, exercices plus ou moins "classiques". Ces exercices avaient souvent (mais pas systématiquement) pour but de stimuler un "état", des sentiments, débouchant sur une écriture rapide (à la limite de l'écriture dit automatique) de quelques phrases ou d'un texte court. Parfois, et de plus en plus, l'écriture se voulait plus élaborée. Les séances s'apparentaient alors à des ateliers d'écriture (avec Michel Azama, p.ex.). Ecriture et jeu pouvaient aussi alterner, l'un aidant à construire l'autre. Quelques fois, les paroles prononcées durant des improvisations furent enregistrées puis retranscrites. J'en ai retrouvé quelques traces. Comme généralement en "impro" le texte est faible, parfois insipide, quelques petites phrases percutantes pouvant sortir du lot. Tout ceci était organisé autour de "thèmes", et avec une structuration pouvant varier d'une séance sur l'autre. Système très lourd dans son fonctionnement, demandant, en plus des intervenants, un secrétariat spécifique. Encore une fois, le contenu reflétait tout autant la spécificité de la cinquantaine de stagiaires, que la diversité des intervenants, et que la "magie" du lieu théâtral. Vouloir le décrire plus en détail serait le trahir. J'illustrerai plutôt cette brève description par quelques photos prises sur le vif ! (2)

(1) J'exclue de ce terme "expérience" le montage d'une pièce qui a ses prérequis spécifiques, qui concerne un nombre fini d'individus et un "casting" découlant du texte monté. 

(2) Je peux avoir quelques difficulté… avec le temps, à associer noms et visages. Je suis preneur d'informations complémentaires.


Assis : Guillaume Pons, Cathy Corréa, X, MC. Debout : Angelina Lugrin.
Henri Dorothé, Cathy Corréa, Isabelle Dauriac, MC.Avec Guillaume dans la salle de répétition du TEP.


mardi 5 mars 2013

Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 3

L'enterrement de la planète au scalpel (1993-94) !

"Huit heures… huit heures… une armée de curieux… Ils déferlent… sur le Père Lachaise. On ne sait plus où les mettre… Ils s'amusent comme des petits fous… Ils montent sur les monuments funéraires et parlent sur combien de milliers ou de millions vont encore arriver.
Tout ce que la planète a abrité jusque là de divagueries cafouilleuse s'est donné rendez-vous. Tous les porteurs d'uniformes sont comprimés dans les premiers rangs… vestes galonnées… jeans percés… et jusqu'à Monsieur Paul, le patron de la quincaillerie, avec sa blouse neuve achetée la veille au Travailleur Méritant.
Il pleut à grands flots… mais ça ne les gène pas… Ils imitent les grenouilles à celui qui coasse plus fort que les autres.
C'est comme une sorte de bourbier où on ne voit plus du tout qui est quoi ou quoi est qui. Une rumeur circule… on va porter la Terre en terre."
m.c., Fragment individuel pour une création collective.

Pour comprendre quelque chose à ce qui suit, il est vivement recommandé d'avoir lu l'article "1993 : Soixante-dix-huit salamandres en folie", accessible en cliquant le lien "Théâtre de l'Est Parisien (TEP)" dans la colonne de gauche.

Avant de décrire comment la folie des salamandres allait conduire à l'enterrement de la planète, il faut parler de cette saison 1993-94. Le dire c'est bien, le faire frise l'impossible tant cette année fut intensément vécue par des individus qui… ne vivaient pas nécessairement la même chose ! Je ferai donc ce que l'on fait souvent lorsque l'on se trouve confronté à un problème trop imposant, je le découperai en rondelles. Dissection au scalpel ! Séparer l'inséparable, la joie de la colère, l'action du sentiment, l'euphorie du découragement. Et comme dit dans l'article précédent : vogue le navire ! 

Michel Azama et Jacques Hadjaje
J'ai précédemment tenté de définir quels étaient les deux "camps" en présence. D'un côté les stagiaires, de l'autre les intervenants. Côté stagiaires, nous partîmes 78, et nous arrivâmes au port à 51. Vous pouvez compter, la liste est sur le site "Les Archives du Spectacle". Côté intervenants un évènement marquant est l'adjonction en cours de route de Michel Azama au groupe. Sa présence (bien qu'il fut une "pièce rapportée") aura des conséquences à plusieurs niveaux. Il survenait avec une expérience à partager, touchant un peu tous les aspects de la pratique théâtrale mais d'abord celle d'un auteur. Je pense que tous les "ex-stagiaires" qui se sont essayés ensuite à l'écriture théâtrale ont été influencés et encouragés par cette rencontre. Ensuite, et tout est lié, sa présence renforçait le "pôle humain" du groupe des intervenants (dans lequel je situerais également Jacques Hadjaje), par rapport à un pôle plus "dur". Ces précisions étant données, le saucissonage va pouvoir commencer. 

Première tranche, ou : ça vous faisait quoi de vous retrouver au TEP ?

Question curieuse ? Tous les théâtres ne se ressemblent pas. C'est comme un lieu où l'on vit. Il peut être exigu, presque oppressant. Ou au contraire vaste et froid. Les théâtres c'est un peu la même chose. Minuscules, ils se résument à un espace scénique restreint et peu de choses autour. Immenses, on s'y sent aussi à l'aise que dans un hall de gare. Les matériaux interviennent également dans la sensation que l'on peut ressentir dans l'espace théâtral. Les grands cubes de verre et de métal qui constituent aujourd'hui le modèle type de la salle de spectacle sont difficilement chaleureux. Le TEP était à l'inverse de ces descriptions. De dimension moyenne, il était parfaitement adapté à la convivialité. Dans la salle, le bois était roi. Bois des panneaux qui tapissaient la salle et qui à l'insu des spectateurs recouvraient un dédale de passages "secrets". Bois de la machinerie, ressemblant au pont d'un voilier où tout changement devait se faire à la force des bras.
Que voit le spectateur d'un théâtre ? Un hall d'entrée. Une salle dans laquelle il tente de trouver sa place sans penser qu'il s'engouffre dans un cratère. Mais qu'y a-t-il sous les marches qu'il descend avant de s'assoir ? Et sous la scène ? Et à l'étage qui surplombe souvent le bâtiment et que l'on n'aperçoit que de la rue en levant la tête ? Pièces aux destinées diverses où sont réunis les gens et les choses nécessaires au bon fonctionnement de l'établissement. Pièces et couloirs où dans la journée on circule librement, mais qu'il faut cloisonner, fermer, parfois changer de destination, quand le public s'apprête à arriver. Lieu multiple donc qui ne peut s'appréhender qu'en y séjournant suffisamment longtemps. Magie dont ne peuvent bénéficier ni les spectateurs, ni les artistes en tournée,.. tous de passage. Lieu où l'on s'attarde jusque tard dans la nuit, prolongeant le visionnage d'un travail en cours, le verre à la main (Réto n'était pas du genre à regarder sa montre pour fermer la grille du théâtre). Nous nous y sentions donc bien, même si nous y partagions des hauts et des bas.
Autant donc commencer par les bas !

Deuxième tranche, ou : il ne faut pas prendre les salamandres pour des cobayes… et autres réflexions plus générales

Il y a un risque à isoler les moments négatifs d'une expérience. Mais chacun est capable de "distancier". Je saucissonnerai à nouveau en distinguant deux "demi-tranches". La première aura spécifiquement trait à l'expérience décrite. La seconde, plus générale, concernera la propension de "formateurs" à jouer les apprentis sorciers avec les "formés", avec tous les dangers de dérapages que cela comporte.

Venons en à la première demi-tranche. Je l'illustrerais en citant une lettre de George Werler… citée par Philippe Ivernel :
"On a souvent dit - et les participants le constataient aussi - qu'ils avaient fait durant ce stage des "progrès étonnants". C'est vrai ! Mais profondément, quel était le sens de cette remarque ? Si cela veut dire qu'ils ont appris à se maîtriser, à mieux respirer, à articuler d'avantage, à donner à l'interprétation plus de force et de conviction, c'est bien, c'est beaucoup, mais ce serait insuffisant. Par sa puissance, le théâtre modifie les êtres, il les rend plus responsables et plus conscients.  C'est l'humain qui s'épanouit et c'est alors l'homme vrai, la femme vraie, qui accepte d'être et de se montrer ainsi. C'est cela qui m'intéresse surtout et que me passionne dans la pédagogie et la pratique théâtrales." (souligné par moi).

De quoi George parle-t-il ici, sinon de ce qui est - doit être - effectivement passionnant dans la pédagogie et la pratique théâtrale (encore faudrait-il définir ce que sont un "homme vrai" et une "femme vraie"). Le problème est que cette formulation est à 180° par rapport au discours officiel des intervenants durant cette année. Dans celui-ci, il ne s'agissait pas d'apprendre ou de se perfectionner, de faire des progrès étonnants, mais de produire une "parole" qui soit celle de "l'homme de la rue", si différent n'est-ce pas dans ses préoccupations de l'homme de théâtre. Idéalement, cet homme (ou femme) de la rue aurait été un prolétaire aux mains calleuses, aux prises avec la dureté du travail mais très disponible (permanent de comité d'entreprise par exemple ! ), sans connaissance particulière sur le théâtre mais abonné au TEP. De plus, le "groupe intervenant" avait à priori une idée assez précise de ce que devait être cette parole et son contenu (je constate, ce n'est pas un jugement !). Comment ? Vous avez dit schizophrénie ? Mais distancions un peu. Je vous avais prévenu que le saucissonage présente des risques. Bien entendu, les intervenants étaient satisfaits de constater les progrès et les avancées, et ceci motivait leur engagement pédagogique… et leurs exigences croissantes. Bien entendu, les stagiaires préalablement formés (ou en cours de formation) ont beaucoup appris, ont affiné leur jeu,  durant cette année dans un contexte différent de celui d'une école ou d'un cours de théâtre. Mais il était de bon ton de ne pas le formuler.

Pour boucler et illustrer cette demi-tranche je citerai le début d'un texte de Francis Henriot (il ne m'en voudra pas, j'espère), repris par Philippe Ivernel : "Au cours des ateliers de cette année, il ne s'est pas agi d'apprendre à jouer la comédie mais de permettre aux stagiaires d'appréhender le plus largement les mécanismes de création propres au théâtre…" Qu'en des termes galants ces choses là sont dites…!

Deuxième demi-tranche. J'en arrive à ce que j'ai nommé les "dérapages". Des dérapages, il y en eut durant cette année, mais pas plus qu'ailleurs et pas nécessairement de la part de tous les intervenants. Certains entraîneront des mises au point orales ou écrites de stagiaires. Mais tout ceci est bien loin, et je préfère élargir ma réflexion à ce que je pense aujourd'hui être une source de dérapages.
Je partirai pour cela de mon expérience d'"ex-formé",… puis de "formateur". Celle-ci m'a amené à rejeter certaines démarches banales dans les cours, stages,… de théâtre, et se réclamant de la "méthode" de Stanislavski (1).

A la lecture de Stanislavski, on perçoit le pressentiment d'un problème sous-jascent à sa Méthode qu'il attribue au fait que "le domaine du subconscient est hors de notre portée" (La Construction du Personnage). Plus tard, Brecht mettra le doigt sur la plaie : "Fondamentalement, Stanislavski est réaliste. Brecht s'oppose à lui là où apparaissent l'autosuggestion et les transes. Dans les comptes rendus de répétition pratique, cela ne se produit jamais"(B. Brecht, Ecrits sur le Théâtre, La Pléiade, p. 975) ; "Les méthodes de concentration de Stanislavski m'ont toujours rappelé les méthodes des psychanalistes…" (idem, p. 983) (2). Si Brecht reconnaît la valeur de la théorie des "actions physiques", c'est en particulier les exercices "stanislavskien" portant sur la "mémoire affective" (3). Prenons un exercice classique, que l'on m'a fait pratiquer et que j'ai par la suite fait pratiquer à d'autres. Celui-ci consiste, suite à des formes variées de conditionnement psychologique (p. ex. au travers d'un objet personnel, évocateur, que le stagiaire a du choisir chez lui, puis amener au cours), à raconter un épisode de sa vie passée ayant une charge affective. Aujourd'hui cet exercice traîne partout : dans les bouquins d'exercices, sur internet,… Or, je l'ai vu régulièrement conduire à des déballages indécents, à des crises d'angoisse difficile à contenir. Le meilleur des cas est encore celui où il ne sert à rien (comme beaucoup d'exercices de ce type). Ceci m'a poussé à devenir méfiant et à me poser deux questions en préalable à tout exercice théâtral : (I) celui-ci présente-t-il un danger pour un individu psychologiquement fragile (et il y en a dans les cours de théâtre !) (4) ; (II) apporte-t-il quelque chose à la formation du comédien ou au travail sur un rôle particulier (ce qui n'est pas la même chose). Conclusions provisoires :
- faire un gros ménage dans la masse des exercices de théâtre (5);
- rejeter toute psychologie de bazar et privilégier les exercices, l'apprentissage, partant du corps.
Rien de bien nouveau, hélas !

Voilà pour les mauvaises tranches du saucission. Les meilleures rentent à venir !

Notes :
(1) Ma propre formation initiale au TEM reposait sur la "méthode", et dans l'expérience que je décris du TEP elle était non pas revendiquée (puisqu'il ne fallait à aucun pris parler de formation) mais bien présente. D'ailleurs une partie significative des stagiaires en avaient une idée, ne serait-ce que livresque.
Pour ceux qui ne connaissent pas Stanislavski, important rénovateur de la pratique théâtrale à l'aube du XX° siècle, et ses héritiers étasuniens, on peut se reporter au court résumé que j'avais rédigé pour les participants à un travail d'atelier sur Tennessee Williams en 2012. Et pour en savoir plus, commencer par "La Formation de l'Acteur" qui est plus directement lié à mon propos.

(2) Brecht marche sur des oeufs pour formuler ces critiques. Ayant fuit les Etats-Unis suite à sa mise en cause par la "Commission d'enquête sur les activités anti-américaines", il se retrouve dans une RDA où l'image de Stanislavski est quasiment déifiée. Sur les rapports entre Brecht et son époque, on peut consulter un document rédigé pour un travail d'atelier sur la pièce "La Noce".

(3) Je pense que le travail sur la mémoire affective garde toute sa valeur quand il porte sur la remémoration de sensations primaires. Mais n'est-il pas alors préférable de parler de mémoire des sensations que de mémoire affective ? Appliqué à la remémoration d'évènements personnels dramatiques, blessants, comme ceci se pratique, peut au contraire avoir des conséquences désastreuses (et sans rien apporter d'un point de vue théâtral).

(4) J'ai été plus d'une fois effaré de voir des personnes déclarant avoir suivi des cours/stages/ateliers, parfois plusieurs années, parfois assortis de présentations publiques, plus bloquées que la plupart des débutants. Non seulement je me demande ce qu'ils ont appris durant ces années (même pas à respirer !), mais parfois si ceci n'a pas eu un effet négatif sur eux. Il m'est arrivé d'ailleurs de tomber, sur internet, sur des témoignages de personnes disant avoir été "esquintés" par des cours pratiquant la "méthode Stanislavski" (le malheureux n'étant plus là pour juger de la fidélité de ses disciples !).

(5) Exercices à l'occasion nommé de "communication", ou de termes plus charlatanesques.



mardi 12 février 2013

Théâtre de l'Est Parisien (TEP) : Chronique d'une mort annoncée 2

1993 : SOIXANTE-DIX-HUIT SALAMANDRES EN FOLIE !



"Lorsque Jan van Toch, capitaine du navire hollandais Kandong Bandoeng, découvre, à l’ouest de Sumatra, au large de la petite île de TanaMasa, une espèce de salamandre douée d’une certaine forme d’intelligence et susceptible de l’aider dans l’exploitation des perles, il est loin d’imaginer que cette découverte sera à l’origine d’un bouleversement complet de l’ordre mondial. Et pourtant… "
Présentation du livre de Karel Capek (l'inventeur du mot robot) "La guerre des salamandres" (1936). 

Fin de la saison théâtrale 1992-1993 : Guy Rétoré définitivement installé dans le "2ème TEP" de l'avenue Gambetta lance le projet d'une nouvelle "aventure théâtrale". Aventure unique. Mais à ce titre posant des problèmes toujours d'actualité pour toutes les aventures théâtrales uniques pouvant s'y apparenter. C'est pourquoi je juge qu'il n'est pas inintéressant de s'étendre sur ce qu'elle fut… du point de vue d'un de ses participants.
Ceci d'autant plus que la seule étude qui y fait référence est celle de Philippe Ivernel (spécialiste de Brecht et du théâtre allemand) publiée en 2004. 
Mais quelle que soit ma sympathie pour son auteur, je tendrai à la relativiser pour au moins deux raisons :
- elle est écrite du point de vue de Philippe, "homme de confiance" (ce n'est pas péjoratif) de Réto durant cette expérience. Elle reflète donc nécessairement les présupposés idéologiques du "boss", appliqués à l'expérience, qu'il s'agit aussi de justifier après coup. 
- elle subit un décalage du fait du contexte de sa publication : un volume du CNRS, "Du théâtre amateur (approche historique et anthropologique)". Or, s'il est une expérience qui n'a aucun lien avec la pratique du théâtre amateur, c'est bien celle-ci. Philippe Ivernel prend d'ailleurs ses distances, précisant dés les premières lignes qu'il va rendre compte d'une expérience impliquant plus de cinquante participants "amateurs" sur une longue durée, et le mot "amateur" n'apparait pas dans les titres et sous-titres de l'étude. On y parle de "public acteur", "d'ateliers de créations" ce qui reflète au moins certains aspects de la réalité (1). 
Ceci dit, je garderai l'étude de Philippe sous le coude durant la rédaction. Elle a - entre autre - l'avantage de décrire la démarche et les buts des "intervenants", dont les "stagiaires" (2) furent peu ou pas informés (ce n'est pas qu'une critique, j'y reviendrai).


Le texte de Philippe précise que le projet commença à se mettre en place en mars 1993. Il repose sur une direction bicéphale : Guy Rétoré et Georges Werler (qui travaillait depuis longtemps avec Réto, enseignant à l'époque au Conservatoire national). Réto entraîne dans l'aventure Philippe Ivernel ; George propose deux jeunes comédien-enseignants : Francis Henriot et Jacques Hadjaje (CELSA, Ecole Claude Mathieu). Nathalie Landrieu sera ensuite embauchée pour assurer la liaison entre intervenants et stagiaires et le secrétariat. 

Je n'ai plus la mémoire exacte de la façon dont l'appel à candidature fut lancé. Sans doute lors de la présentation de la saison 1993-94 du TEP. Toujours est-il que la réponse fut massive, comme l'indique la citation ci-dessous. 


"Soixante-dix-huit stagiaires ont été retenus… Cent soixante trois personnes se sont présentées. Nous tenons à remercier les quatre-vingt-cinq personnes que nous avons malheureusement "déboutées", de leur intérêt pour notre initiatives et à préciser les critères de notre sélection : la motivation, la disponibilité et l'assiduité, le souci d'équilibrer la proportion hommes/femmes, les âges et les diverses origines socio-professionnelles des participants et… le nombre restreint de stagiaires que nous sommes en mesure d'accueillir".
Nathalie Landrieu, Lettre ouverte aux "déboutés", TEP Mémento N° 25


Les sélections se dérouleront fin juin, puis - vu le nombre de candidatures - reprendront en septembre, le stage devant commencer en octobre. Chacun(e) fut convoqué individuellement par courrier. Nous serons de la première fournée de sélection… et parmi les heureux sélectionnés. Je me souviens d'avoir eu à plancher devant le groupe des intervenants réunis en jury. Je ne connaissais aucune tête, sauf bien entendu celle de Réto. Après avoir fait part de mon passé de fidèle du TEP et de ma proximité géographique, je pris le risque de divulguer mes années de formation au Théâtre Ecole de Montreuil (TEM). Révélation à risque car la perte de ma "virginité théâtrale" pouvait jouer contre moi dans ce contexte flou d'Atelier. Je pense que c'est Réto (ou Georges ?) qui prononça alors ces mots : ça ne pourra pas faire de mal d'avoir quelqu'un qui a fait le TEM. J'étais sauvé ! Dés octobre une aventure qui allait durer plus longtemps que prévu allait commencer.


"Ca y est, l'ancre est levée. Il sont soixante à embarquer. D'autres, malheureusement sont restés à quai…
Sans doute, nous avons la prétention -ou plutôt l'inconscience- de vouloir croire que nos éclats de rire, nos cris ou nos aveux sont nécessaires pour que, de ce presque rien, surgisse un vrai souffle de vie.
Et vogue le navire…"
Jacques Hadjaje, TEP Mémento N° 25

Et vogue le navire…

L'ancre était levée, mais pour aller où ? Nous n'en avions aucune idée précise. Réto avait conçu que ce stage s'appuierait sur le roman de Karel Capek "La Guerre des salamandres". Nous l'apprendrons au bout de quelques mois par des indiscrétions (ce qu'ignore visiblement Philippe Ivernel). Ceci nous permit de comprendre l'acharnement des intervenants à nous faire pratiquer la reptation au sol !


Mais reprenons les choses dans l'ordre. Il s'agissait d'un stage long, coûteux (encadré par des artistes de haut niveau) et… gratuit. Pour Réto, il s'agissait d'une activité de "service public", ce qui excluait toute participation financière des stagiaires. Heureux temps où la domination de la marchandise n'avait pas investi tous les aspects de l'activité humaine, et où la gratuité n'était pas assimilée à la médiocrité.


Si nous devions payer… c'était en terme d'investissement et de disponibilité. Au départ, le stage comportait deux séances de trois heures par semaine, le lundi soir (soir de relâche) et le samedi matin. Oui vous aviez bien lu ! Ceci signifiait renoncer au début du week-end pendant toute l'année. J'ajouterai que ceci ne fût jamais un problème (même s'il fallait gérer individuellement). 


Nous allions donc nous retrouver début octobre, réunis dans la salle de répétition (la salle 215). Précaution préalable: tout le monde devait être en chaussettes… le couloir menant à la salle était jonché de piles de chaussures des intervenants et stagiaires… à la japonaise. En fait Réto, soucieux de l'utilisation des deniers publics, ne voulait pas que la moquette récemment changée soit abimée.

Je reviendrai ultérieurement sur le contenu du travail effectué. J'ai déjà dit deux mots sur la structure hiérarchique du groupe des intervenants. Petite illustration, les deux jeunes intervenants vouvoyaient leurs ainés, alors que nous - les stagiaires - tutoyons tout le monde et tout le monde nous tutoyait! 


Mais, qu'en était-il du groupe des stagiaires recrutés parmi les spectateurs du TEP. Globalement ceux-ci se connaissaient peu ou pas. Dans une telle situation, au moins au départ, chacun est sur ses gardes. Comme l'écrit Philippe Ivernel : "devaient être écartés ceux qui confondaient les Ateliers avec une école d'art dramatique". Si ceci était sans ambiguïté, chacun pouvait interpréter ce principe à sa façon. Une partie des stagiaires venaient y trouver non pas une école, mais disons un terrain de pratique théâtrale… ainsi que l'avantage d'être encadrés par des "pointures". Façon détournée de dire qu'ils venaient aussi pour apprendre des "maîtres" du lieu (dans le sans noble du terme). Ce n'est que très lentement et discrètement que nous apprendrons que pour une part non négligeable ils avaient déjà eu, avaient ou se destinaient à avoir une formation et/ou pratique théâtrale (écoles, cours, écriture,…). Pratique qui par ailleurs n'a jamais empêché personne d'être aussi un "vrai spectateur". Pour d'autres, il s'agissait d'une aventure en soi, sans perspective de prolongement… mais non sans investissement. La majorité des stagiaires étaient jeunes ou… encore jeunes (dont nous-mêmes), comme on le verra sur les photos. Une petite partie n'étaient, disons, plus jeunes (essentiellement des femmes disposant de temps libre). 

Une majorité était prête à accepter le fonctionnement imposé au groupe par les intervenants, non sans le contester à l'occasion. Quelques participants étaient soit des soutiens inconditionnels,… soit des contestataires plus ou moins permanents de ce fonctionnement autoritaire. Globalement, on pourrait penser que les conditions étaient remplies pour que le mélange soit explosif ! Pourtant l'explosion n'eut pas lieu. Quelques départs individuels comme toujours, mais l'aventure dura jusqu'à son terme, et même un peu plus pour une partie d'entre nous. 


L'engagement des uns et des autres fut bien entendu la clé de ce "succès", mais a posteriori je pense que ce qui pourrait apparaître comme des facteurs de divisions l'expliquent aussi en partie. Certaines décisions des intervenants pouvant ponctuellement provoquer des mécontentements chez les stagiaires (3) renforçaient en réaction leur cohésion (et je suppose que les intervenants nous trouvaient à l'occasion pénibles), . Par ailleurs, la "direction autoritaire" de Réto et Georges permit au groupe de ne pas sombrer dans une "discutaillerie" et des palabres interminables et de concentrer l'énergie sur la pratique qui motivait notre présence. Mais ceci est une autre histoire qui fera le sujet d'un autre article. En attendant, je vous offre un trombinoscope des intervenants...


Philippe Ivernel… en chaussettes.

Guy Rétoré et Jacques Hadjaje





Francis Henriot

(1) Il est vrai qu'une expérience qui se place hors des classifications technocratiques (les notions d'amateur ou de professionnel sont purement bureaucratiques,... il s'agit de définir qui a droit de faire quoi et pour combien) ne peut se concevoir pour les gestionnaires de la "culture".
(2) Les termes d'intervenants et stagiaires furent ceux employés à l'époque, et que j'utiliserais donc par la suite.

(3) Par exemple, le sentiment d'être parfois utilisés comme des cobayes. 


Guy Rétoré et Georges Werler

… Et, cerise sur le gâteau, certainement la seule photo où figurent tous les stagiaires de 1993 : la carte de voeux du TEP pour la nouvelle année 1994 :

Carte de voeux du TEP. Hiver 1993-94.