Affichage des articles dont le libellé est Mes livres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mes livres. Afficher tous les articles

jeudi 14 mai 2020

La Chemise : note d'auteur.


Pièce : La Chemise.

Note d’auteur.

1. Contenu :

La Chemise… Un titre qui évoque des faits concrets de l’époque dans laquelle nous vivons :
- Un mouvement social de 2015, durant lequel la chemise d’un DRH avait été arrachée. Ceci se passait à Air-France et avait entrainé le procès de plusieurs salariés, parfois licenciés. Pour une part des medias, le scandale n’était pas alors que des personnes se retrouvent sans emplois,… mais que la chemise d’un cadre ait été déchirée lors de sa fuite.
- Le phénomène dit de mondialisation qui touche particulièrement le secteur de l’habillement. On sait que cette dénomination recouvre le déplacement de la production vers des pays où les salariés touchent des salaires de misère, dans des conditions parfois proches de l’esclavage.

La comédie « La Chemise », se déroule dans une petite entreprise familiale de confection de chemises où tout le monde se connaît. L’entreprise compte trois salariés, dont deux ouvrières. Dans la novlangue contemporaine, on dirait plutôt « opératrices », simples variables d’ajustement déqualifiées
C’est lors des vœux annuels de la direction qu’est annoncé un « plan social », qualifié de nouveau pas en avant pour l’entreprise. À partir de là, le climat se dégrade jusqu’au geste sacrilège : l’une des ouvrières va déchirer la chemise de l’unique (petit) cadre de l’entreprise. Cet incident va induire des comportements pouvant se retrouver dans des situations variées : rapports de domination et de pouvoir, attitudes face à des conditions difficiles (ici, risque de se retrouver sans emploi) constituant des sources potentielles d’affrontement,… révélant l’avenir désespérant qui attend les protagonistes.

2. Aspects formels :

Le rythme de la pièce est celui d’une comédie. Une fable sans morale pour six comédiens (4F, 2H) qui met à jour la gravité et la fausseté tragique des rapports sociaux dans lesquels se débattent les personnages.

Elle s’adresse à un public large qui peut être touché par cette situation ou une situation semblable, sans rechercher pour autant la facilité. Elle peut se prêter autant à une mise en scène élaborée qu’à de petites formes (interprétation sur un plateau nu… ou sans plateau du tout, lectures théâtralisées et maquettes,…).
Elle tolère donc un minimalisme au niveau des moyens nécessaires : une simple rangée de portemanteau peut par exemple constituer la totalité du décor et les éclairages peuvent suffir à isoler les forces en présence.
Les didascalies suggèrent, à partir du moment où les antagonismes sont apparus, une constitution progressive de deux groupes : l’un autour d’Antoinette (la jeune ouvrière victime du « plan social »), l’autre autour d’Isidorine (la directrice de l’entreprise). Au cours du déroulement de la fable, une difficulté pour les autres personnages sera de choisir à quel « groupe » ils doivent se rattacher.

3. Références

Le texte de la pièce est édité et diffusé par les Éditions Les Mandarines (http://lesmandarines.free.fr).

L’affaire de la chemise arrachée d’Air France


vendredi 18 mai 2018

Mémoires d'avant l'Exil



L’idée de départ ?

Le parcours d'un homme appartenant à la génération qui nait immédiatement après la première guerre mondiale. Génération qui n'a pas connu cette guerre mais qui en porte nécessairement les séquelles. Et qui va se retrouver dans une période tourmentée : prémices de la deuxième guerre mondiale, guerre civile espagnole,… Avec ses choix difficiles et ses secrets bien dissimulés. Y compris lorsque, approchant de la cinquantaine, il sera arrêté et extradé avec sa famille vers le Mexique.
Derrière ce parcours se profilent des questions :
- comment un individu va être amené, dans un contexte qui lui échappe, à faire un choix ou à refuser l’alternative qui lui est imposée ?
- qu’est ce-qui motive le désir tardif de cet homme de se mettre à écrire, pour raconter, peut être transmettre, l’aventure d’une vie dont il n'a jamais voulu parler ?

 

La peinture subjective d’une époque.

J’étais particulièrement intéressé par l’interaction de mon personnage imaginaire avec des lieux, des évènements, une époque,… Pas à la manière d’un historien ou en faisant de l’histoire romancée. Mais en assumant la vision subjective d’un individu qui n’a qu’une compréhension parcellaire de ce qui se passe. Subjectivité renforcée par le fait qu’il se remémore les épreuves qu’il a traversé des décennies après les avoir vécues.


Le récit


Récit à la première personne, constitué de cahiers rédigés par un homme vieillissant qui se libère des secrets d’une vie dont il n'a jamais voulu parler. Né après la Première Guerre Mondiale, il aura connu des années tourmentées : prémices d’une nouvelle guerre, guerre civile espagnole, enfermement dans le camps de Rivesaltes dont il s’échappera,… Parvenu à une vie paisible, il sera finalement rattrapé par son passé.

Ses mémoires, sous forme d’un journal structuré en 5 cahiers, couvrent la période 1919-1968 (de sa naissance à son arrestation suivie d’un exil forcé au Mexique) :

1. Paris (jusqu’en 1937)

2. Barcelone (1937-1939)

3. Rivesaltes (1939-1940)

4. Cévennes (1940-1948)
 
5. Jusqu’au 13 avril 1968, qui retrace le processus qui conduira à son arrestation et à son exil.
 
Disponible chez l'auteur (frais d'expédition partagés) ou chez l'éditeur : https://complices-editions.eu/c/auteurs/michel-caron

mercredi 16 mai 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'avant l'exil (2) : Simone et Mimosa.

"Arrive Juillet 1936. Les positions des uns et des autres s’affrontent à propos des événements en Espagne. Simone et Mimosa sont parmi les premières à partir. Elles ne supportent plus de rester dans un Paris qui leur paraît être la base arrière de l’Aragon et de la Catalogne."
Mémoires d'avant l'exil, p. 41.

Deux personnes réelles que j'ai mêlées à la trame romanesque de Mémoires d'avant l'exil.


"En juillet 1936, j’étais à Paris, je n’aime pas la guerre ; mais ce qui m’a toujours fait le plus horreur dans la guerre, c’est la situation de ceux qui se trouvent à l’arrière. Quand j’ai compris que, malgré tous mes efforts, je ne pouvais m’empêcher de participer moralement à cette guerre, c’est-à-dire de souhaiter tous le séjours, toute les heures, la victoire des uns, la défaites des autres, je me suis dit que Paris était pour moi l’arrière, et j’ai pris le train pour Barcelone dans l’intention de m’engager. C’était au début d’août 1936. " (Simone Weil, Lettre à Georges Bernanos, 1938.)






 

« Le sort en est jeté, je vais au front moi aussi, je l’ai demandé expressément. Je crois que je ne reviendrais pas, mais cela est sans importance, ma vie a toujours été amère et le bonheur n’existe pas. Le bonheur n’a pas de visage, il n’a pas d’armoiries et pas de couleurs et je ne l’ai pas su trouver. J’avais des trésors de tendresse, des désirs qui n’étaient pas la souffrance des autres et je n’ai pas pu donner assez et je n’ai rien reçu, tristesse ! Vais-je apprendre à tous ces furieux qu’ils méprisent la seule chose vraie, la seule !...la vie qui respire, celle qui consiste à voir les bourgeons éclore, le soleil se lever et les étoiles au ciel. Le bonheur ! Vous ne savez pas comme je l’ai cherché, je m’en souviens à peine moi-même ; dans les livres graves, dans les lits douteux, dans la simplicité des choses. Enfin je vais partir, le bonheur ! C’est peut-être le repos des âmes éteintes. » (Extrait du Journal de Georgette Kokoczynski, septembre 1936.)


https://caronmichel.blogspot.com/2018/01/memoires-davant-lexil.html


 


mardi 10 avril 2018

Le sang sèche vite : synopsis.


 SYNOPSIS DU ROMAN NOIR : LE SANG SÈCHE VITE.


Médéa est réveillé un matin par un appel téléphonique lui apprendre l’assassinat de son père, avec qui elle a rompu tout contact depuis plusieurs années. Pensant que cette affaire va être étouffée, elle utilise un « privé » pour tenter de l’élucider. Parallèlement à cette enquête, un narrateur omniscient va nous raconter la vie de ce père : Vladovich dont la disparition ne doit pas faire de vague pour certains, et en arrangent d’autres (ou les mêmes).
Vladovich, né dans un État balkanique en 1920, est réfugié à Paris. Enfant, c’est un petit voyou bagarreur. Adolescent, il fait le coup de poing pour des organisations politiques. Pendant la guerre, il est l’ami d’une tenancière de maison close, Mme Simone. Résistant de la dernière heure, il fera ensuite fortune en commerçant avec l’Europe de l’Est. Il se mariera avec une russe, la mère de Médéa, qui disparaîtra mystérieusement. Autant de pistes pour chercher le mobile de son assassinat.


 
Plus sur "Le sang sèche vite" :
 
 
Commander "Le sang sèche vite" :
 
 
 


dimanche 7 septembre 2014

Qu'est l'espingouin devenu

Dans un entretien paru dans Le Monde du 17 mai 1974 à propos du roman Laissez bronzer les cadavres (Editions Gallimard, 1971), Jean-Patrick Manchette insistait sur la nécessité d'établir une liste d'incidents telle qu'il se passe toujours quelque chose. Une contrainte voisine s'est imposée durant l'écriture de "Qu'est l'espingouin devenu". J'espère que le rythme de l'écriture qui en résulte entraînera le lecteur et suscitera son imagination. Mais laissons la parole au narrateur :


"L’idée d’écrire l’histoire de l’Espingouin m’est venue à la suite d’une conversation avec un ami, à la terrasse d’un bistrot crasseux dans une ville du Nord du Mexique. Je profitais d’un voyage d’affaire en France pour me présenter à son dernier domicile connu. J’allais y faire la connaissance du locataire actuel, Robert. Le faire parler fut toute une histoire. Je fus accueilli par un écriteau « Si vous passez devant chez moi ! N’entrez pas ! Ne tapez pas à ma porte ! ». Finalement, Robert allait me confier ce qu’il avait glané dix ans auparavant sur l’Espingouin. D’après un de ses anciens camarades bien placé dans une sous-préfecture et bénéficiant de relations utiles, l’affaire aurait été liée à une collaboration entre polices espagnole et française portant sur un vieux dossier classé « sans suite ». Mais était-ce si simple ? Et qui était vraiment Robert ?" (4ème de couverture de "Qu'est l'espingouin devenu").





74 pages - ISBN : 9782748398113 


Particuliers, Médiathèques. Commandez ce livre : 

- en vente directe chez l'auteur (michelcaron30@gmail.com) par chèque de 13 € à la commande (frais d'expédition offerts). 

Lire les premières pages

vendredi 31 janvier 2014

LECTURE D'EXTRAITS DE "QU'EST L'ESPINGOUIN DEVENU ?"

Lecture d'extraits de 

Qu'est l'espingouin devenu ?

 

Lecteur : M. Caron; musicien : E. Von Klahn; Vidéo : L. R. Caron.




Enregistré le 12/10/2013 à la médiathèque d'Alès

jeudi 31 octobre 2013

Autour de l'Espingouin… et du cinéma

    " Je crois que je ne dois rien à aucun écrivain. Ce qui m'a influencé, c'est le cinéma. Ah ! ça, le cinéma, je le connais. Le music-hall aussi et puis les journaux, les journaux illustrés principalement. Au fond, mon livre, c'est, en bien des endroits, une sorte de reportage comme on en trouve dans les magazines.
    Et même, est-ce bien du reportage ? Les souvenirs des choses que j'ai vues dans ma vie ne comptent pas tant que cela. Ce ne sont que des points de départ, des prétextes qui me fournissent l'occasion de noter mes rêves.  "

L.F. Céline.Interview avec Charles Chassé, La Dépêche de Brest et de l'Ouest, n°18187, 11 octobre 1933.

Une citation parmi d'autres mettant en évidence l'impact de l'écriture cinématographique sur l'écriture romanesque. De l'écriture, ou plutôt des écritures cinématographiques. 
Pourrait-on par exemple séparer écritures et atmosphères du film noir et du roman noir. D'un côté, le rythme, le montage, les changements d'angles de prise de vue et les coupures nettes entre les plans. De l'autre une écriture nerveuse, des phrases courtes,… D'un côté la peinture d'un milieu dont on a l'illusion de connaître les codes, ses zones d'ombres et ses lumières un peu glauques. De l'autre la possibilité de ne pas s'encombrer de longues descriptions d'atmosphères et de décors que l'on reconnaîtra parfois sans les avoir jamais rencontrés.

ESPINGOUIN… ET CINEMA AMERICAIN


Dans "Qu'est l'espingouin devenu ?", l'influence cinématographique pèse sur les épaules d'un des personnages : Gene Robert. Laissant au lecteur le soin de découvrir l'importance de cette influence, je me contenterais de signaler que deux épisodes importants de sa vie font références à deux oeuvres du cinéma noir américain : 
- Johnny eager (1941) de Mervyn LeRoy, tourné d'après un livre de James Edward Grant, interprété par Robert Taylor.
- King Creole (1958) de Michael Curtiz, basé sur la nouvelle d'Harold Robbins "A stone for Danny Fisher", premier et dernier bon film interprété par Elvis Presley.



                




En dehors du film noir, un thème récurant du cinéma américain est celui du musicien errant de ville en ville  (généralement dans les Etats du Sud), guitare à la main, à la recherche de la reconnaissance de son talent… ou plus simplement de sa prise en considération en tant qu'être humain. Au lecteur attentif et cinéphile de débusquer au détour d'une phrase l'influence de ce cinéma sur mon écriture. Je me contenterais de citer quelques uns de mes films préférés tournant autour de ce thème :
- The Fugitive Kind (L'homme à la peau de serpent, 1959), de Sydney Lumet, d'après "Orpheus descending" (La descente d'Orphée) de Tennessee Williams.
- Honkytonk Man (1982) de et avec Clint Easwood.
- Walk the Line (2005) de James Mangold. Avec un Joaquin Phoenix stupéfiant dans le rôle de Johnny Cash.


… Et cinéphiles ou non, ce peut être l'occasion de revoir... ou de découvrir de très bon films !

MC 01/01/2013
Revu 15/04/2014



vendredi 7 juin 2013

Autour de l'espingouin… et de trois petites notes de musique

De la musique avant toute chose…
Et tout le reste est littérature
Paul Verlaine (Art Poétique)


Toute écriture a sa musique, ses musiques… Celles de l'auteur et celles du lecteur. Parfois elles se rejoignent, parfois l'auteur anticipe les réactions du lecteur en lui fournissant quelques pistes qu'il espère voir saisir.
Il arrive souvent en entendant une chanson que l'on se dise qu'elle va nous coller à la peau et que l'on ne pourra pas s'en débarrasser de la journée. On se dit "de la journée", mais en fait on ne pourra jamais s'en débarrasser !  Et pourtant, il ne s'agit généralement pas d'un chef d'oeuvre d'écriture. On peut parfois se rassurer en mettant cela sur le compte du bourrage de crâne. Mais il y a des quantités d'airs, de chansons, pour lesquels on subit un bourrage de crâne sans que ceci ne laisse aucune trace ! Laissons de côté les produits musicaux uniquement commerciaux. et prenons un exemple. De nombreux poèmes de Prévert ont été mis en musique… Pourquoi ce sort particulier réservé aux "Feuilles mortes". Ah, je voudrais tant que tu te souviennes… et on s'en souvient ! Les Feuilles mortes sont-elles le meilleur poème de Prévert, le plus original ? Relisons-le. On en est loin. Pire… ça fonctionne aussi très bien traduit en anglais ! J'oserais une explication. Ce qui fonctionne dans ce poème c'est sa musicalité. Il y a la musique que Cosma a mis sur les vers, bien sûr, mais si cette musique disait autre chose que le poème lui-même, elle serait cacophonique. On est dans une de ces rares situations où l'auteur, le compositeur, et l'auditeur, ont entendu… entendent, une même musique… De la musique avant toute chose !

Un bien long préambule pour parler d'autre chose ! Dans la limite où il s'agit vraiment d'autre chose. A posteriori, je m'aperçois que la musique a en partie guidé mon écriture lorsque j'écrivais "Qu'est l'espingouin devenu ?". A cause du sujet (seuls ceux qui l'ont lu peuvent comprendre !) bien entendu. Aussi parce qu'ayant toujours écouté beaucoup de musique, j'ai une tendance à coller un air sur une situation. Un des ces airs qui vous collent à la peau justement. Dans le texte, certaines musiques ne sont pas directement suggérées. D'autres sont au contraire ouvertement affirmées, citées. Mais pourquoi celles-ci, quel automatisme les a fait sortir comme une évidence des touches du clavier de l'ordinateur ?Je me garderais bien de tenter une réponse. Je me limiterais à revenir sur trois airs, trois petites notes de musique, qui pourraient constituer la bande sonore du livre.

Ay Carmela

La première partie du récit, celle qui concerne directement l'espingouin, évoque la Guerre d'Espagne. Il y a pour moi quelque part un problème concernant le lien entre la musique/chanson et cet évènement. Beaucoup de grands évènements, de mouvement sociaux importants, ont leur folklore chanté. C'est beaucoup moins clair ici. Pourtant la Guerre civile espagnole a été accompagnée/suivie d'une émigration massive mais je n'ai jamais eu le sentiment d'y retrouver une mémoire chantée des évènements. Je tenterais deux explications pour ce qu'elle valent. D'abord, les conditions dramatiques de cette émigrations, le caractère concentrationnaire de l'accueil des réfugiés. Ensuite, et peut-être surtout, les antagonismes internes au camp des vaincus (les "républicains") qui rendaient improbable une culture chantée commune à l'ensemble de ses composantes.

Il existe bien sûr des disques, des anthologies de chants de la Guerre d'Espagne, mais quelle est la réalité de ces chansons dans l'affrontement social de l'époque ? De nombreux commentaires insistent sur les fait (?) qu'elles étaient chantées à l'époque. Mais comme les mêmes commentaires sont souvent truffés d'inexactitudes historiques (quand ce n'est pas de calomnies), jusqu'à preuve du contraire je me méfie de leurs affirmations. Je fais mienne la réflexion de George Orwell précédemment citée dans ce blog :
"Très tôt dans ma vie j'ai remarqué qu'aucun évènement n'est rapporté correctement dans les journaux, mais en Espagne pour la première fois, je vis des comptes rendus sans aucun rapport avec les faits."

Ceci dit, une chanson sort du lot : Ay, Carmela (originellement El paso del Ebro).
Caractéristique qui fait le lien avec ce que j'ai dit plus haut : la chanson n'est pas issue directement des années 30, mais de la guerre de 1808 contre l'invasion napoléonienne. Sa réactualisation durant la Guerre Civile permettait à chacun, en fonction de son opinion, d'y introduire de multiples variantes.





Peu d'adaptations françaises de ce titre. Guy Debord en écrira anonymement une version ("attribuée" à un membre  membre du groupe des Amis de Durruti, cité p.15 dans "Qu'est l'Espingouin devenu ?"), sous le titre Les Journées de mai. Le texte est centré sur les évènements de mai 1937 à Barcelone. La chanson est interprétée par Jacqueline Danno, chanteuse (surtout connue comme telle dans les années '60) et comédienne, sous le pseudonyme de Vanessa Hachloum. Le titre produit sur un vinyl en 1974, sera réédité en CD en 1998, et est aujourd'hui accessible sur de nombreux sites Internet. Si la version de Debord est souvent cataloguée "détournement", elle ne l'est finalement pas plus que les différentes versions qui ont pu circuler durant la Guerre Civile.


La chanson "Ay Carmela" inspirera dans les années '80 le dramaturge espagnol José Sanchis Sinisterra. Sa pièce raconte comment une troupe de théâtre ambulant, constituée par Carmela, Paulino et Gustavete, parcourant dans sa roulotte l'Espagne de la guerre civile, traverse le front et passe sans le savoir du côté républicain au côté franquiste. Lorsque les troupes franquistes les capturent, ils doivent improviser un spectacle théâtral en l’honneur de l'armée fasciste, qui s’achèvera en tragédie.
La pièce sera connue en France grâce au succès largement mérité de la mise en scène de Pierre Chabert (interprétation Jean-Marie Galey et Térésa Ovidio). Elle sera jouée au Théâtre du Lucernaire durant tout l'hiver 1994/1995. Son triomphe se confirmera durant le festival d'Avignon 1995 durant lequel la pièce sera jouée au Théâtre du Balcon, avant d'être reprise à nouveau au Lucernaire en août-septembre.


Au niveau international, Carlos Saura réalisa en 1989 un film inspiré de la pièce de Sinisterra.










Between the devil and the deep blue sea

Je voudrais maintenant revenir sur deux chansons qui sont nominalement citées dans "Qu'est l'espingouin…".
En commençant par la première : Between the devil and the deep blue sea (citée page 29).
J'ai entendu pour la première fois cette chanson sur le disque vinyl 25 cm "Memorial album" de Warren Smith (publié peu de temps après son décès prématuré en 1980) sur le label français Big Beat Records.



Il est communément admis que cette chanson a été composée par Harold Arlen et Ted Koehler, pour la revue du Cotton Club1, Rythm-mania (mars 1931), où elle était interprétée par Aida Ward, et qu'elle fût pour la première fois enregistrée par Cab Calloway en octobre de la même année. Elle a été ensuite été reprise par un nombre astronomique de chanteurs américains. Une liste (incomplète) de ses interprètes est disponible sur http://www.secondhandsongs.com/work/65381.

Ceci dit, on trouve des informations contradictoires concernant les auteurs. Ainsi sur certains sites internet, on trouve mentionnés entre autres Duke Ellington, Manny Kurtz, Inrving Mills,  et sur la pochette du disque de Warren Smith un certain A. Roland ! Faut-il y voir un effet du flou qui a souvent entouré aux states la propriété artistique ?

Toujours est-il que ce titre renvoie à une des questions de mon introduction. Pourquoi ce titre, qui n'est un chef d'oeuvre ni par son texte ni par sa mélodie a-t-il été si souvent repris et enregistré ? Et à un niveau plus personnel, pourquoi ai-je a priori considéré qu'il tenait une place importante pour certains personnages de "Qu'est-l'espingouin…" (… je ne vous en dirais pas plus) ? En ce qui me concerne, je suis persuadé que le titre de la chanson a joué un rôle plus déterminant que la chanson elle-même. Ces mots (between the devil…) sont déjà eux-mêmes de la musique ! De plus, il s'agit d'une expression idiomatique sans vrai équivalent littéral strict en français, au niveau du sens mais encore plus au niveau de la sonorité, de la petite musique qui le porte… De la musique avant toute chose !


1 A propos du Cotton club, cf. le film de 1984 de Francis Ford Coppola.


Trouble
De devil à evil1… il n'y a qu'un pas. Et quelques pages de "Qu'est l'Espingouin…" Celles qui séparent la page 29 de la page 34. Comme une transition entre la fin du commencement et le commencement de la fin !

La chanson Trouble est écrite pour le film de Michael Curtiz King Creole, par Jerry Leiber et Mike Stoller, et créé par Elvis Presley, en 1958. Le film et les chansons qui l'illustrent se distinguent de la déliquescence qui marquera la carrière cinématographique d'Elvis Presley.
Leiber et Stoller étaient des auteurs compositeurs à succès, très "inspirés" (et parfois un peu plus). Trouble reprend un thème rythmique (une forme de "stop time figure") popularisé par Muddy Waters - il suffit d'écouter Hoochie Coochie Man (1954), Mannish  boy / I'm a man (1955) - et inspiré de Willie Dixon et Bo Diddley.
Il est probable que la chanson censée obtenir le plus grand succès était celle qui reprenait le titre du film King Creole, mais c'est finalement Trouble qui emporta les suffrages. Le reprise d'un thème non seulement déjà connu, mais dont l'efficacité musicale n'était plus à démontrer y est certainement pour quelque chose.
Dans le film, Danny Fisher (Elvis Presley) travaille comme serveur dans un night-club à le mode, et un chef de gang local lui ordonne de chanter dans sa boîte… le King Creole. Ceci explique que "Danny" semble quelque peu mal à l'aise (et engoncé dans son costume) quand il interprète sa chanson. On est loin de l'image du rebelle dont parle la chanson.

Si Trouble va connaître quelques reprises par d'autres interprètes, leur intérêt est limité. A une exception, celle de Vince Taylor (éditée tardivement chez Barclay en 1965). Le film présent sur Internet, d'une sortie certainement antérieure au disque, semble être un Scopitone (l'ancêtre des "clips", films projetés dans des machines à sous, équivalent des Jukebox pour les disques), bien qu'il ne figure pas sur la liste des films scopitone sur Wikipedia. Par rapport à la version Elvis Presley, Vince Taylor a la gueule et la tenue (copiée de Gene Vincent) du "bad boy" de la chanson !

1. cf. le refrain de Trouble : Because I'm evil, my middle name is misery….

Plus sur :
- https://www.facebook.com/pages/Quest-lespingouin-devenu-/
- http://caronmichel.blogspot.fr/