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mercredi 16 mai 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'avant l'exil (2) : Simone et Mimosa.

"Arrive Juillet 1936. Les positions des uns et des autres s’affrontent à propos des événements en Espagne. Simone et Mimosa sont parmi les premières à partir. Elles ne supportent plus de rester dans un Paris qui leur paraît être la base arrière de l’Aragon et de la Catalogne."
Mémoires d'avant l'exil, p. 41.

Deux personnes réelles que j'ai mêlées à la trame romanesque de Mémoires d'avant l'exil.


"En juillet 1936, j’étais à Paris, je n’aime pas la guerre ; mais ce qui m’a toujours fait le plus horreur dans la guerre, c’est la situation de ceux qui se trouvent à l’arrière. Quand j’ai compris que, malgré tous mes efforts, je ne pouvais m’empêcher de participer moralement à cette guerre, c’est-à-dire de souhaiter tous le séjours, toute les heures, la victoire des uns, la défaites des autres, je me suis dit que Paris était pour moi l’arrière, et j’ai pris le train pour Barcelone dans l’intention de m’engager. C’était au début d’août 1936. " (Simone Weil, Lettre à Georges Bernanos, 1938.)






 

« Le sort en est jeté, je vais au front moi aussi, je l’ai demandé expressément. Je crois que je ne reviendrais pas, mais cela est sans importance, ma vie a toujours été amère et le bonheur n’existe pas. Le bonheur n’a pas de visage, il n’a pas d’armoiries et pas de couleurs et je ne l’ai pas su trouver. J’avais des trésors de tendresse, des désirs qui n’étaient pas la souffrance des autres et je n’ai pas pu donner assez et je n’ai rien reçu, tristesse ! Vais-je apprendre à tous ces furieux qu’ils méprisent la seule chose vraie, la seule !...la vie qui respire, celle qui consiste à voir les bourgeons éclore, le soleil se lever et les étoiles au ciel. Le bonheur ! Vous ne savez pas comme je l’ai cherché, je m’en souviens à peine moi-même ; dans les livres graves, dans les lits douteux, dans la simplicité des choses. Enfin je vais partir, le bonheur ! C’est peut-être le repos des âmes éteintes. » (Extrait du Journal de Georgette Kokoczynski, septembre 1936.)


https://caronmichel.blogspot.com/2018/01/memoires-davant-lexil.html


 


mardi 15 mai 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'Avant l'Exil (3)

Un court chapitre inédit ne figurant pas dans la version définitive du roman : un point de vue de la fille du personnage, Fanny.


Santo Tomas, 9 septembre 2013


Au début des années 1960 j’aurais donné une part de ma jeunesse pour goûter à ce que les citadins nomment des vacances. Par la suite, les derniers étés avant le grand départ ont été marqués par le flux et le reflux des envahisseurs. Les touristes venus se chauffer au soleil du sud. Néerlandophones buveurs de bière en juillet. Franco-français haussant la voix de peur qu’on ne remarque pas leur présence en août.

Pour mes parents, être en vacances signifiait simplement ne pas travailler. Trois semaines de repos ! Le luxe ! Pour moi ne pas aller à l’école. Plus tard au collège.
Même si notre appartement de la Rue Basse était un peu exigu, il ne manquait pas autour de chez nous de ballades à faire à pied, de lieux à voir ou revoir que l’on atteignait au pire en une demi-heure de Simca. Comme la filature de « Maison Rouge ». Nous l’avons visitée régulièrement chaque première semaine des vacances. Jusqu’à sa fermeture. En 1963, ou en 1964. Je ne sais plus précisément.
Et puis j’avais mon piano. Mon petit piano droit plaqué contre le mur de la pièce principale. Mes parents ne voulant à aucun prix que son bruit puisse causer une fâcherie avec les voisins, je profitais des vacances scolaires qui ménageaient des tranches horaires où je pouvais martyriser les touches à loisir. J’allais entreprendre une nouvelle séance de massacre pianistique quand mon père est entré avec un masque de conspirateur. De le voir dans cet état, je pouvais m’attendre à tout, sauf à ce que j’allais entendre :
— Nous allons partir deux jours en vacances !
J’évitais de prendre un air par trop étonné. Il aimait bien que ses paroles paraissent être des évidences. Question de principe ! Et puis le ton employé ne permettait aucun étonnement. Surtout pas sur la courte durée de la période annoncée. Bien réduite pour qualifier ça de vacances. De me voir ainsi, hébétée, bras ballants, goule ouverte, comme il disait, ça ne lui inspirait pas de prolonger la conversation. Autant attendre le dîner pour avoir le fin mot de l’aventure… Nos vacances éclairs nous conduiraient à Rivesaltes. Plus précisément, comme il le prononçait : Ribesaltes. Prononciation espagnole ! Ou catalane, façon espingouin !
Tout était prévu, programmé. Il avait réservé dans un petit hôtel, presque dans le centre, pour la nuit que nous allions passer sur place.  
Il ne restait plus qu’à organiser l’expédition ! Tenues de rechange pour toutes les circonstances. Cas de pluie ! D’orage ! De grêle ! Et le froid… Ne pas l’oublier le froid. Rien de plus traître que le froid là où il fait chaud ! Ça vous tombe comme ça, le soir, sur les épaules. Parfois il est trop tard quand on s’en aperçoit. Et puis il y avait de la place dans la Simca ! Trois dans une voiture faite pour quatre. Un palace !

Soyons sincère. Tout à fait sincère ! Aujourd’hui où j’ai dérivé vers un autre continent, j’ai l’air de prendre tout ça à la rigolade. À la légère, avec un sourire limite narquois. Mais cet été-là, mon excitation n’avait fait que grandir de jour en jour jusqu’à notre départ pour Rivesaltes. J’en avais perdu le sommeil.
Et puis le grand jour !
Debout avant l’aurore ! À vacances exceptionnelles, spectacle exceptionnel. Celui du soleil levant ! Avec la perspective d’arriver pour l’heure du déjeuner. Si possible ! En attendant, le plaisir de déchiffrer les indications portées par les panneaux de signalisation. À rêver éveillés : Montpellier… Béziers… Narbonne ! Et puis, avant d’arriver, presque l’Espagne… Figueras… Girona…
Et finalement Rivesaltes,… pardon,… Ribesaltes, tranquillement posée au bord de l’Agly.
Après la descente d’une rue en forte pente, nous avons trouvé sans difficulté une place pour garer la Simca, auprès de l’hôtel où mon père avait réservé une chambre dite familiale. En pension complète pour une nuit. Repas simple à l’ombre d’une terrasse ensoleillée. Puis découverte de la ville. Sans perdre de temps ! Demain à la même heure il faudrait nous préparer à repartir.
Tout était réuni pour que ces deux jours laissent un souvenir idyllique. Un incident tout de même… Au moment où nous débouchions sur une place entourée de palmiers, au milieu de laquelle trônait une statue équestre vert-de-grisée. La découvrant, mon père cracha au sol. Pas son habitude ! Je ne l’avais jamais vu accomplir ce geste répugnant ! Nous nous sommes bien vite détournés du cheval planté les quatre fers au sol et de son cavalier, désireux d’oublier rapidement cet épisode.
Le soir, bien épuisés par la marche, nous sommes passés à table, dans la salle à manger de l’hôtel. Nous étions à peine installés qu’arrivait la serveuse.  Qui nous balança ce leitmotiv des tables hôtelières :
— Vous prendrez un apéritif !
Refuser reviendrait à passer pour des pauvres. Pire, des grippe-sous, des rapiats.. Des rats !
La grosse ficelle de la serveuse, prononcée avec une grâce maladroite, entraîna une réplique immédiate de mon père :
— Oui, trois muscats !
Ce n’est pas le choix qui m’étonnait alors. Notre promenade en ville avait été suffisante pour nous faire comprendre que le vin de muscat est à Rivesaltes,…  pardon Ribesaltes, ce que Jeanne d’Arc est à Domrémy ! Ce qui m’étonnait c’était le chiffre trois, alors que je n’avais jamais avalé une goutte d’alcool.
— Il faut absolument que tu y gouttes. Tu ne finiras pas ton verre. Je le finirai pour toi ! Et respire bien hein, respire,…
On ne recule pas devant une telle invite. Le verre posé devant moi j’y trempais les lèvres, laissait couler quelques gouttes sur la langue, puis dans le fond du gosier. Assez pour une première expérience. Un goût sucré qui se répandait sur le palais et la langue, suivi d’une étrange sensation. Pas suffisant pour faire tourner la tête. Un peu tout de même. Comme prévu, mon verre fut rapidement saisi par la poigne paternelle.
Ce qui suivit conduisit mon imagination à baguenauder. À mesure que le niveau baissait dans le premier verre, puis le second, les yeux de mon père s’embrumaient. Il était ailleurs ! Absent ! Autre part ! Au bout de quelque chose qu’il était seul à connaître.
J’avais beau m’interroger. J’étais à sec d’interprétation. Une seule chose à faire. Attendre. Et effectivement il atterrit de nouveau parmi nous au milieu du repas. Il se remit à parler, à nous faire des commentaires sur la chance que nous avions de bénéficier d’un temps clément. Pas trop chaud, juste ce qu’il faut. Comme si rien ne particulier ne s’était passé.

Rien à dire du retour. Sinon que le passage à vide de la veille continuait à me trotter dans la tête. Et la vie reprit son cours. Le quotidien avec sa dose d’oubli. Ou presque !
Jusqu’à ce que je me plonge dans ces fichus cahiers !
Alors que la plupart des pages sont d’une écriture serrée, régulière, quelques-unes sont plus heurtées, traversées par une sorte de vertige d’en finir avec l’écriture. Pas toujours aisées à déchiffrer. C’est le cas en particulier de quelques lignes qui semblent avoir été ajoutées dans un second temps vers la fin de son deuxième cahier.  

« Janvier 1940. Plus de notion précise de la date depuis longtemps. Nous sommes tout un troupeau d’indésirables étrangers. La police nous embarque, chargement de bestiaux, vers le camp de Rivesaltes. Des vacances ils nous disent !... Fumiers. 

-----ooooo00000ooooo-----

 
Le Camp de Rivesaltes

Autres phrases arrachées :

http://caronmichel.blogspot.com/2018/01/phrases-arrachees-aux-memoires-davant.html

http://caronmichel.blogspot.com/2018/01/phrases-arrachees-memoires-avant-lexil.html

 

Sur Mémoires d'Avant l'Exil : 

https://caronmichel.blogspot.com/2018/01/memoires-davant-lexil.html

 


 

mardi 11 novembre 2014

Dernière représentation de Pages Arrachées 1914-1915



Si vous ne l'avez pas encore vu,… c'est tant pis pour vous, mais la dernière date est à St-Florent sur Auzonnet !



Ensuite chacune-zé-chacun partent pour de nouvelles aventures.

vendredi 4 juillet 2014

LA PENSÉE DU JOUR (décembre 1914-Juillet 2014) : KARL LIEBKNECHT


En décembre 1914, Karl Liebknecht fut le seul à voter contre les crédits de guerre. L'extrait de lettre qui suit est adressée à la rédaction du Labour Leader (journal de l'Independent Labour Party, parti anglais qui fut un des seuls en Europe à s'opposer à la Première Guerre Mondiale). Un an et demi plus tard, le 1er Mai 1916, pour avoir parlé au Rassemblement contre la guerre sur la Potsdamer Platz à Berlin, il fut immédiatement arrêté, puis condamné pour haute trahison. C'est la Révolution de Novembre 1918 qui le libérera. Il sera assassiné sur ordre du ministre de l'intérieur SPD Noske, le 15 janvier 1919

"Ce n'est que dans la collaboration des masses laborieuses de tous les pays en faveur de la paix que réside dès maintenant, durant la guerre, le salut de l'humanité. Nulle part ces masses n'ont voulu la guerre, nulle part elles ne la veulent. Doivent-elles, ayant au coeur la haine de la guerre, continuer à s'entredéchirer ? Aucun peuple ne doit commencer à parler de paix, eh bien, qu'ils en parlent tous en même temps. Et celui qui le premier en parlera montrera de la force, non de la faiblesse, et récoltera gloire et gratitude." Karl Liebknecht, Berlin, décembre 1914.


Funérailles de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht (janvier 1919)

mercredi 25 décembre 2013

Nouvelles du front (9) : PAGES ARRACHÉES, 1914-1915 à Brignon


Pages arrachées, 1914 – 1915


SAMEDI 17 MAI 2014
21h00
30190 - BRIGNON (Foyer)

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En août 1914, la vie de millions de personnes a basculé dans la guerre ; leurs lettres, leurs témoignages contredisent souvent le message officiel et la propagande. Les ouvrages, qu’il s’agisse de romans ou de récits, écrits ensuite par certains survivants, complètent ces témoignages. Français ou Allemands y déplorent le carnage auquel ils ont participé et sur lequel ils n’avaient aucune prise. 
C’est de ces anonymes dont parle le spectacle « Pages arrachées : 1914-1915 ». Ce n’est ni une ode à la guerre, ni une reconstitution historique à sensation. Simplement deux comédiennes et deux comédiens d’aujourd’hui qui, confrontés aux documents d’époque, tentent au milieu des spectateurs de saisir la complexité historique des années 14-15.  

Attention : Ce spectacle est conçu pour être interprété devant un maximum de 60 personnes. Il est donc recommandé de réserver pour pouvoir y assister.

Contact Cie : theatreatelier@yahoo.fr

tél: 06 78 76 14 76



Pour recevoir ce spectacle, nous contacter.

samedi 30 novembre 2013

CHANSONS ARRACHEES A LA GUERRE DE 14-18

En parallèle au spectacle théâtral "Pages arrachées, 1914-1915", quelques chansons arrachées également à la première guerre mondiale (sans majuscules).


1915 : La chanson de Craonne.

Chanson arrachée à la guerre de 14-18. 
Une version transmise oralement parmi les combattants existe dès 1915. Elle prend alors le nom de Chanson de Lorette, du nom des violents combats qui ont lieu en Artois, autour de Notre-Dame de Lorette, au printemps 1915. Par la suite, et parmi ses variantes une fait allusion aux combats de Verdun en 1916. La version la plus connue fait référence aux combats de 1917 au Chemin des Dames (Aisne). Le "plateau" dont il est question est le plateau de Californie qui surplombe le village de Craonne, théâtre des combats parmi les plus violents dans les premiers jours de l'offensive Nivelle du 16 avril 1917. Dans un contexte marqué par les mouvements révolutionnaires en Allemagne et Russie, et une importante série de grèves à l'arrière, des refus collectifs d'obéissance éclatent dans plus de la moitié des unités combattantes. C'est à cette indiscipline que fait allusion le dernier couplet qui assure que "les troufions vont tous se mettre en grève". Il faut noter que certains soldats eux-mêmes employèrent le vocabulaire de la grève lors des mutineries. l'un d'eux écrit: "Il y a un peu de scandale en ce moment et 191c'est un peu général partout. Un certain genre de grèves, quoi!" (Rapport du contrôle postal, 9 juin 7, archives du SHDT 16N1521).





1915 : Dans les tranchées de Lagny.

Auteur anonyme (1915) sur la musique de "Sous les ponts de Paris". Interprétation de Francis Lemarque.



1915 : Poème à Lou. Si je mourais là-bas.

APOLLINAIRE ( 1880 - 1918 ) ; Poème à Lou, 30 janvier 1915 à Nîmes. mis en musique par Jean Ferrat.






1915 : Lili Marleen

Poème devenu chanson. Le romancier et jeune soldat allemand Hans Leip a écrit Lied eines jungen Wachtpostens à Berlin dans la nuit du 3 au 4 avril 1915 pendant la Première Guerre mondiale, avant son départ pour le front russe. En 1937-38 (2 versions différentes) le poème sera mis en musique à la demande de la chanteuse allemande Lale Anderson qui l'interprète dans de petits cabarets de Berlin et Munich. Durant la seconde guerre mondiale cette chanson sera chantée également par les soldats allemands et anglais. Elle sera par la suite interdite dans plusieurs pays (RDA, Yougoslavie,…)


1917 : Non, non, plus de combats.

Chanson anonyme écrite dans les tranchées, datant de 1917, au moment des mutineries. Elle se chantait sur l'air de "Gloire au 17ème".







1919 : La Butte Rouge.

La Butte Rouge est une chanson de Montéhus sur une musique de Georges Krier. Écrite en 1919 après la Première Guerre mondiale. Il s'agit de "La butte Bapaume" (lieu-dit non habité dans les environs de Berzieux): triste épisode de la Bataille de la Somme.




1956 : Tu n'en reviendras pas

Poème devenu chanson. Texte de Louis Aragon, extrait de La guerre et ce qui s’en suivit, in Le roman inachevé, 1956 ; mis en musique par Léo Ferré en 1961. La guerre et ce qui s'en suivit est inspiré de la période où Aragon, enrôlé comme médecin auxiliaire (il avait fait deux ans d’études de médecine), avait été frappé par les morts de nombreux blessés y compris celle d'un jeune soldat allemand lecteur de poésies. Dans son poème, Aragon décrit un compartiment d’un train de transport de troupes qui montent au front.