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mercredi 10 avril 2019

lundi 29 octobre 2018

Lettres de caserne pour l'édification des jeunes générations

Quelques extraits de lettres retrouvées récemment parmi d'autres papiers jaunis. De quoi édifier les générations qui n'ont pas connu l'encasernement.


1 - Doullens le 8/8/74

Bonjour,

J'ai reçu votre lettre ce matin. Je vous écris allongé sur mon plumard, aujourd'hui jeudi 20h (seule heure de la journée où l'on soit pénard).
Ici que dire sinon que c'est totalement débile (enfin c'est l'armée quoi !). On se doute à l'avance de ce que c'est, mais il faut le voir pour le croire ; on croit rêver.
Heureusement le groupe est suffisamment homogène pour supporter le milieu ambiant.

Le gros des mecs sont des sursitaires. Ceci nous a valut un petit discours sur le thème de la sélection qui allait exister pour les élèves officiers dans notre promotion (100 individus) vu son niveau élevé. Résultat : 1 candidat.
Pour les choses les plus importantes, on est aujourd'hui passé à la sélection. Ceci revient à rester quelques minutes devant un galonné et ses sous-fifres, au garde-à-vous, de répondre à ses questions en résistant aux pressions pour faire le peloton (cela va des arguments moraux aux promesses d'une vie pleine de permissions et à la pommade).
(...)
Question emploi du temps des semaines à venir :
a ) Pour cette semaine
- plus que demain à tirer
- samedi matin piqure puis on reste le week-end dans notre chambre. Tout en sachant que ça va être douloureux, on attend ça pour ne pas avoir à se lever à 5h30.
b ) Deuxième semaine
- lundi > vendredi : délire permanent nommé entrainement voir instruction (on a des cours et quels cours !).
- samedi : visite de la base.
- dimanche : "visite éventuelle des parents".
(...)
c ) Troisième semaine
- lundi > vendredi 17h ; la fête continue.
- vendredi 17h > lundi 7h30 : perm.
(...)
d ) Quatrième semaine
- lundi > vendredi > idem.
- samedi-dimanche : repiquouse.
 (...)

C'est tout pour aujourd'hui. Je ferai poster cette lettre demain. Aujourd'hui c'est trop tard et il est temps de dormir.

Michel

Suite et fin 9/8/74 20h30

On est enfin pénards, la semaine est terminée. Heureusement on a été assez tranquilles aujourd'hui. Le vendredi militaire ressemble au vendredi civil, ça tourne au ralenti. En fait aujourd'hui à part quelques soi-disant cours, on s'est contentés d'avoir "sport" (libre) et de faire de la marche à pied, chose que nous faisons de façon de plus en plus automatique et en pensant à autre chose.
Demain matin on reste couchés jusqu'à 7h (ce qui pour ici est terriblement tard !) et dimanche à volonté. On s'est commandé une bonne quantité de jus de fruits et de gâteaux car on ne nous sert rien de solide à manger avant dimanche soir. L'essentiel est que la majorité des gradés se sont tirés en week-end.

Aujourd'hui un des appelés de la compagnie a profité d'une visite médicale à l'hôpital de Lille pour se faire la malle. On ne peut plus se fier à personne.

(...)

2 - Doullens le 12/8/74

Le délire continue. Il y aurait toute une étude à faire sur la psychologie du militaire investi d'une parcelle de pouvoir. Ce matin on a glandé une grande partie du temps, mais cette aprem on s'est tapés 20 bornes en 2h30. On en a vraiment plein les pattes.
(...)
A propos du temps mis par les lettres c'est assez normal vu qu'on les fait poster par le caporal sans passer par la caserne.
Petites réponses aux questions diverses :
a - On a eu la première piqure samedi matin. Pratiquement indolore, juste un soupçon de fièvre. On a passé le samedi à se baffrer avec ce qu'on avait fait acheter (on doit théoriquement être à jeun !).
b - Pour les cheveux, on y a tous eu droit.
c - Il y a dans la chambre une majorité de types de la région parisienne, ce qui est normal vu qu'on est tous arrivés par le même train.

Pour synthétiser la vie qu'on mène ici, disons qu'on ne peut pas mettre un pied devant l'autre sans en avoir reçu l'ordre. On ne peut pas foutre le nez dehors autrement qu'en colonne par trois et avec des guignols qui crient 1-2, 1-2, 1-2. La position des appelés est à mi-chemin entre la résistance passive (mauvaise volonté) et la résignation. On se dit que dans trois semaines tout ça sera fini. L'armée est la plus grande productrice d'anti-militaristes.
Pendant que j'y pense, envoyez-moi avec la prochaine lettre des aiguilles à trou moyen et/ou du fil à coudre (juste un peu) de grosseur normale. Ces rigolos nous filent pour recoudre nos boutons des aiguilles avec du fil qui ne rentre pas dans le trou des aiguilles. La nature du milieu ambiant permet de conclure que ça ne doit pas être accidentel.
Enfin mardi et mercredi ça devrait être relativement relax (tout est relatif quand on pense que ces braves gens nous "occupent 14h par jour").
C'est tout pour aujourd'hui. Prochaine lettre dans quelques jours.

Michel

P.S. Il est bien domage que les lettres écrites sur la base ne puissent être réunies en un anthologie à fort tirage. Les miennes sont d'une rare modération.

(...)

3 - Doullens le 16/08/74

Enfin "plus" qu'une semaine avant la perm. Il serait temps que ça arrive. Hier on s'est tapé une marche sous un soleil de plomb.
Aujourd'hui on a eu notre premier tir à la MAT49 à balles réelles, ce qui est particulièrement désagréable (c'est là que le côté préparation à la boucherie apparait le plus concrètement). Pour reprendre les termes d'un copain de la chambre, c'est "répugnant". Heureusement la semaine se tire. On va être à peu près tranquilles pendant 2 jours.
En fait aujourd'hui ça a été relax à part le moment désagréable sus-mentionné. Un sergent a tenté de nous faire un cours sur l'atome mais finalement - au bout de 5 à 10 minutes - il a abandonné sous le double effet de la chaleur et de nos sarcasmes.

Il faut également que je vous dise quelques mots de la matinée du 15 août. On devait avoir 2 heures de marche à pied le matin, ce qui dans la perspective de la marche de l’après-midi n'avait rien de réjouissant. On a donc décidé - ni plus ni moins - de demander à aller à la messe à Doullens ! On s'est mis d'accord entre les 3 chambrées de la section.
Hier matin, donc, les 3 sections sont réunies. Les pontes présents demandent à ceux qui désirent assister à l'office religieux de sortir des rangs, ceci par section.
1° section > Quelques individus sortent des rangs.
2° section > idem.
3° section > c'est la section entière qui sort de ses rangs.
L'ensemble était un délice pour l'oeil !
Toujours est-il qu'ils nous ont conduit là-bas où l'on s'est payé des crises de fou-rire historiques sous les yeux médusés des calotins du coin.
Il n'y a bien que 2 occasions dans la vie d'un homme où l'église puisse servir à quelque chose : l'armée ou la prison. De toute façon, je doute que le cureton souhaite nous revoir une 2° fois ce qui de toute façon ne risque pas de se produire.

En dehors de ça, on a fait notre petit mai 68 dans la base avant-hier (à une échelle bien-sûr réduite conformément à la spécificité du lieu). Ceci nous a valu, lors d'une après-midi mémorable et pleine de rebondissements, de voir entre autre le sergent-chef débarquer livide pour nous déclarer d'une voix suppliante qu'il ne faisait rien d'autre ici que d'appliquer les ordres. Ceci n'a pas été non plus sans provoquer quelques affrontements au sommet qui ont amené certains à se civiliser quelque peu. Je vous raconterai de vive voix cette succulente hisotire. Elle a d'ailleurs permis de vérifier ce que nous savions déjà ; ces messieurs ont une peur bleue des sursitaires qu'ils suspectent d'être prêts à utiliser (sic) tout incident pour développer une campagne anti-militariste.
En fait, ce n'est même pas nécessaire, le milieu s'en charge tout seul de par sa propre dynamique. De toute façon l'attitude des mecs est plutôt encourageante. À de rares exceptions prêt (et encore ?) ils ne sont pas prêts à aller au casse-pipe et les termes de patrie ou drapeau les font ricaner sournoisement.

Quelques trucs en vrac :

- demain on va visiter la base (dont le rôle est la surveillance aérienne du nord de la France en prévision d'un attaque de l'ennemi !)...

(...)

4 - Doullens le 19/08/74

... Comme prévu, la pression se resserre. Aujourd'hui au rapport les punitions ont culé à flot. Notre chambre a été à peu près la seule épargnée. En dehors de ça, c'est presque le repos. J'ai réussi à me faire dispenser pour la semaine de marches et sport (ne vous inquiétez pas pour autant de ma santé !). Ceci me permet cette après-midi de faire la sieste. Quand à demain où il y a une marche étalée (avec des arrêts !) de 8h à 16h, nous sommes plus de la moitié de la chambrée à en être exemptés...

(...)

5 - Doullens le 27/08/74

Le changement dans la continuité :

a - Hier, les gérants du lieu se sont appliqués à nous crever par 1000 et 1 artifices.

b- Aujourd'hui, au rapport (11h15) lecture de la liste des recrues retenues pour le peloton. Parmi celle-ci, 5 mecs de notre chambrée dont moi. Par contre des mecs qui l'avaient demandé ne sont pas retenues.

Cette après-midi, on passait devant une commission (pontes divers) qui devait nous indiquer notre lieu d'affectation. Dialogue :
- Colonel : Caron > B...
- Moi : Pourrais-je savoir quand je serai muté à B....
- Colonel : Après le peloton.
- Moi : Pourtant, dans tous les papiers que j'ai rempli, j'ai indiqué que je désirais ne pas faire le peloton.
- Colonel : Quel métier faites vous dans le civil.
- Moi : Chercheur.
- Colonel (de plus en plus vert) : Si vous ne voulez pas le faire vous ne le ferez pas, si vous voulez balayer pendant votre service militaire.
...
Rideau.

Les cinq "candidats" de la chambrée en ont fait de même, ce qui fait qu'il en reste 45 sur 50 au départ.
En conclusion, on a intérêt à nous tenir sur nos gardes face aux pressions éventuelles dans les jours à venir.

Acte 2 : Cette après-midi... revue de paquetage. Ordre du Lieutenant : 3 tenues de campagne (punition débile - je vous raconterais) par chambre. Punis pour la chambre les 3 plus prés de la porte - dont moi. Quelle journée !
Les réjouissances doivent commencer à 8 heures.
...
P.S. Les pressions sont en grande partie bidon mais sont efficaces sur le plus grand nombre. Tout ce qu'il faut c'est tenir le coup jusqu'à vendredi...
... Si pas de nouvelles, bonnes nouvelles !

(...)

6 - Doullens le 28/08/74

Court additif à la lettre d'hier.

a- J'ai mystérieusement disparu de la liste des pelotoneux.

b - Guignol devant le drapeau cette A.M.. Bon débarras.

Menu de ce soir :
- Martini
- Escargots                      Blanc de blanc
- Choucroute
- Mystère
- Cognac.

Question : Avons-nous bouffé à la caserne ?

C'est tout...

(...)

jeudi 17 mai 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'avant l'Exil, (1) 17 rue de Sambre et Meuse

« Tout jeune déjà, je ne voulais pas mourir ». Combien de fois ai-je entendue cette phrase ? Les dernières années surtout. Mon père ajoutait généralement que c’était un trait de caractère commun à ceux qui étaient nés après une guerre… N’importe quelle guerre ! Comme si les tueries qui avaient précédé leurs naissances les avaient immunisés. Contre la mort. Au moins provisoirement ! 
(Propos rapportés par Fanny, éliminés de la version définitive du manuscrit)

Derrière ces propos que je mettais dans la bouche du personnage se cachait une difficulté. Quel trait commun (me) permettait de me glisser dans la peau de celui-ci ? Particulièrement pour ses premières aventures, se déroulant bien avant ma naissance. 
À posteriori, j'en discernais deux. 
1. Le lien supposé entre les générations nées après une guerre, comme le disait mon personnage... N'importe quelle guerre ! 
2. Le lieu sans lequel l'histoire rapportée dans "Mémoires..." n'aurait pas lieu d'être. Ce 17 rue de Sambre et Meuse, situé dans le Paris ouvrier du 10° arrondissement. Cette librairie dans laquelle le personnage va entamer son "parcours initiatique". 
Je l'ai bien connu ce bâtiment imposant avec son apparence d'usine du 19° siècle. J'ai vécu à trois immeubles de celui-ci jusqu'au milieu des années '60. Je n'avais alors aucune idée du fait qu'il ait abrité la "Librairie du travail" durant l'entre deux guerres, succédant à une importante coopérative ouvrière (L'Égalitaire, constituée après La Commune de Paris). 
Mon dernier souvenir de ce bâtiment, c'est celui d'un gigantesque incendie. Il appartenait alors à un des principaux industriels de la pellicule photo/cinéma et était bourré de matériaux et solvants inflammables et explosifs.  
La rue de Sambre et Meuse
Vue du Bd de la Villette.
La rue de Sambre et Meuse
Au niveau de la rue Sainte-Marthe.
Restait à vérifier si mes souvenirs de cette rue pouvaient m'aider à décrire les aventures de mon personnage... une guerre plus tôt. Heureusement ces aventures datent d'une époque où les cartes postales ne se limitaient pas aux vues plus ou moins artistiques de sites touristiques. Plusieurs de ces cartes donnent une vision de la rue au début du XX° siècle. 
Dans sa partie haute, vue du Boulevard de la Villette.
Ou au niveau de la rue Sainte-Marthe où habite d'abord le personnage.
Ce qui saute aux yeux en comparant ces photos avec ma mémoire des années '60, c'est que pratiquement rien n'avait changé en un demi-siècle. Les mêmes immeubles, les mêmes boutiques,... Certainement la même population issue des mêmes milieux sociaux. Avec ses gamins allant pêcher les écrevisses du canal. Ceci m'autorisait bien des transpositions !
Et aujourd'hui que constate-t-on ?
Sans nostalgie aucune (la vie était loin d'être simple et l'absence de confort atteignait des sommets), cette "rue-quartier" s'est évanouie comme beaucoup d'autres. Du 17 restent les grilles aux fenêtres et la pendule. 

Alors autant laisser de la liberté à l'imagination. Et partager des souvenirs oscillant entre la vérité et le mensonge, en passant par la ré-interprétation. Laisser à mon personnage la maitrise de ses aventures. En me laissant la liberté de commenter de temps en temps le "mentir-vrai" qui se retrouve tout au long du roman.

https://caronmichel.blogspot.fr/2018/01/memoires-davant-lexil.html


Plus : 
http://caronmichel.blogspot.fr/2018/01/memoires-davant-lexil.html 

https://www.facebook.com/Memoiresdavantlexil-142521036373517/


 













lundi 21 décembre 2015

DANS MA BIBLIOTHÈQUE : QUELQUES VIEUX GRIMOIRES

QUELQUES VIEUX GRIMOIRES CONTRE LES FUMISTES D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

DICKSONN, 1911





HEUZE, 1926
DICKSONN, 1927
TOCQUET, 1952
IMBERT-NERGAL, 1959.

lundi 9 novembre 2015

AUTOUR DU THÉÂTRE DE MICHEL VINAVER

Autour du théâtre de Michel Vinaver, quelques archives resurgissant des classeurs…

LES TRAVAUX ET LES JOURS (1979)



Les travaux et les jours (1979), mise en scène d'Anne-Marie Lazarini en 2001 à l'Artistic Athevains
Mise en scène de Robert Cantarella en 2003 au TEP.
Les travaux et les jours (1979), mise en scène d'Anne-Marie Lazarini en 2001 à l'Artistic Athevains (brochure de
présentation du spectacle).



A LA RENVERSE (1980)






L'ÉMISSION DE TÉLÉVISION (1988)






À compléter sur le fil du temps...


mercredi 7 janvier 2015

SUR LES RAYONS DE MA BIBLIOTHÈQUE (4) : CALAFERTE

SUR LES RAYONS DE MA BIBLIOTHÈQUE… LES PIÈCES INTIMISTES DE LOUIS CALAFERTE…







… ET EN FOUILLANT BIEN QUELQUES SOUVENIRS DE LEURS REPRÉSENTATIONS À AVIGNON.

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vendredi 2 janvier 2015

DOM JUAN - ELVIRE 1699

DOM JUAN - ELVIRE 1699 (8/10/2011 - 20/10/2012)

OU

NE PAS INTERPRÉTER DOM JUAN

"Dom Juan n'est pour nous ni une théorie, ni une démonstration, ni l'occasion d'une polémique. Et il ne faut pas aller à Dom Juan comme à un rendez-vous habituel, averti de l'interlocuteur ou du partenaire que l'on va rencontrer ; il faut y aller curieux de la nouveauté d'une approche, avides de neuf.
Molière seul peut être notre indicateur et notre intermédiaire…
Dans la perpétuelle interrogation et la perpétuelle découverte d'une carrière de comédien attentif aux secrets de son métier, certaines oeuvres marquent fortement l'expérience et le souvenir : elles obligent les connaissances professionnelles les plus assurées à une modestie qu'elles avaient perdue dans la facilité.
Dom Juan est de celles-là…
Pour aborder un chef-d'oeuvre, pour répondre à sa sollicitation, pour l'entendre, il n'est qu'une attitude : la soumission."
Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre.

A l'époque où je pensais travailler l'interprétation de Dom Juan, dans la pièce Dom Juan - Elvire 1699. je lisais les "Témoignages sur le théâtre" et "Le Comédien désincarné" de Louis Jouvet. Quelle aide précieuse ! Dom Juan, un des rares "personnage" qui pourrait justifier à lui seul le goût de la pratique théâtrale. Mais l'écart est grand entre les listes de ceux qui aspirent à "l'interpréter" et ceux qui ont cette chance. Chance souvent empêchée par le décalage entre une certaine maturité du jeu et "l'âge du personnage". Ceci sera suffisamment reproché à Jouvet ! 

J'ai eu la chance (alors que j'avais justement l'âge qui fut reproché à Jouvet quand il monta Dom Juan) de me voir offrir l'interprétation d'un texte qui en quelque sorte résolvait le problème. La source dramatique de la pièce est simple : libre à chacun de supposer la mort de Dom Juan à la fin du texte de Molière, mais de fait cette fin est laissée suffisamment ouverte pour permettre d'autres hypothèses. La dernière scène où figure Sganarelle renforce d'ailleurs cette impression d'une histoire sans fin. Autre argument, la version de Molière inaugure la transformation du personnage en mythe. Et même en supposant quelque saison en enfer pour celui-ci, sa disparition définitive paraît improbable. 

A postériori, je pense que le point fort de — Dom Juan - Elvire 1699 — est sa fidélité au texte de Molière. C'est bien le "personnage mythique" construit par celui-ci qui réapparait, vieilli de 30 ans, chez Elvire. 

Et c'est là que resurgissent les réflexions de Louis Jouvet. A plusieurs reprises, il a constaté que la rencontre du comédien avec un "mythe" ne pouvait prendre qu'une voie particulière. Il n'existe pas d'interprétation qui se situerait quelque part, à mi-chemin entre l'un et l'autre. C'est au comédien de tenter avec modestie de se laisser conduire jusqu'au "personnage", de s'y "soumettre". Plus facile à écrire qu'à faire ! Pour cela, aucun "truc" mais un guide : le texte de Molière. Son intelligence dramatique. C'est à ce niveau que la fidélité au texte "fondateur" était plus qu'un point fort,… une nécessité. L'un ne pouvait se travailler qu'en référence à l'autre. Il restait pourtant une part de "neuf" à prendre en compte : le vieillissement. Faire en sorte que LE Dom Juan vieillissant ne sombre pas dans la caricature d'UN vieux Dom Juan ! Et pour cela, sans certitude aucune, répondre encore une fois aux sollicitations du texte.




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mardi 14 octobre 2014

AUTOUR DE L'OPÉRA DE QUAT'SOUS (1)

Autour du travail sur Brecht et L'Opéra de Quat'sous que font ce trimestre les participants à l'atelier de formation théâtrale de la Compagnie T2A m'est venu l'idée de fouiller dans mes archives pour faire émerger quelques documents.
L'Opéra de Quat'sous… sans doute la pièce dont j'ai vu jouer le plus de versions différentes en concurrence avec le Dom Juan de Molière).
A tout seigneur tout honneur, je commencerais par un dossier édité par le Théâtre de l'Est Parisien (TEP) en 1974 (la première version à laquelle j'ai assisté, dans la mise en scène de Guy Rétoré). C'était l'habitude durant cette période du TEP d'éditer pour chaque spectacle un dossier contenant reproduction de gravures et textes. Je reproduirais donc ci-dessous quelques documents de ce dossier. Parmi les textes, le plus intéressant est celui de Brecht lui-même sur la musique. Du côté de ses exégètes, il ne faut pas oublier que nous sommes alors en pleine période d'appropriation néo-stalinienne (pas toujours néo !) du dramaturge. Je ne résiste pas au plaisir de citer les précautions que prend un certain Arturo Lazzari pour introduire son commentaire sur l'Opéra : "En 1926, Elisabeth Hauptmann, traduisit de l'anglais, "l'Opéra des gueux" de John Gay ; Brecht, qui dans les années précédentes, s'était débarrassé de son passé expressionniste, dadaïste, anarchiste,…" (Oh ! St-Staline… protégez-nous du mal !).


Couverture dossier Opéra de quat'sous

Présentation dossier Opéra de Quat'sous


A l'origine du texte, L'Opéra du Gueux (parfois nommé comme ici "des gueux".





Sainte Alliance. Dessin de Thomas-Théodor HEINE (1867-1948), un des fondateurs du journal satirique allemand "Simplissimus".



L'IMPORTANCE DES SONGS POUR BRECHT

George GROSZ (1893-1959)
Deux filles. PASCIN (1885-1930)

Bernard DORT (1929-1994)
Sketch. Dessin de Otto DIX (1891-1969)

mercredi 2 avril 2014

DE BRÈVES RENCONTRES (2009-2010)… À SUIVRE : PARUTION DES TEXTES EN JANVIER 2016

Pour se procurer le texte de "De brèves rencontres" : Éditions Les Mandarines.



DE BRÈVES RENCONTRES… Des scènes dans lesquelles l'humour se mêle à l'absurde.

Première vraie création de la Compagnie T2A.
Notre implantation cévenole était encore toute récente — et nous avions mis sur pieds encore plus récemment un atelier de formation théâtrale dans la ville d'Anduze — lorsque le responsable de la culture sur cette ville nous proposa de monter un spectacle… d'humour. Humour ! Sans, je l'espère, en être dépourvus… voilà un qualificatif qui suscite chez nous une profonde méfiance !
Quoi de plus rasoir, d'ennuyeux, et pour tout dire d'insupportable que tous ces spectacles de théâtre (?) qui s'autoproclament drôles ! Quoi de plus racoleur, de plus repoussant, que les affiches de ces spectacles qui croient nécessaire de rehausser leur vulgarité de bandeaux annonçant : drôle, hilarant,…
Après quelque semaines à tenter d'extirper de nos réserves quelques textes pas trop difficiles à monter (pas de vrais moyens techniques) et pouvant correspondre à notre humour, la conclusion était sans appel : autant les écrire nous-mêmes. Ce qui fut dit fut fait… et il ne restait plus qu'à faire de ces textes disparates un spectacle un tant soit peu cohérent. Cette cohérence ne pouvait venir de la disparité des situations traitées, mais plutôt du regard posé sur eux. Ceci peut être résumé par la situation placée en tête du dossier de présentation  :


" Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n'est pas possible. "
Antonin Artaud

Dans ce même dossier, les textes étaient présentés ainsi : 

Brèves rencontres est le titre générique d’une série de textes de longueurs inégales, conduisant à des scènes courtes où la rencontre de personnages (de 2 à 5) sert de fil conducteur à l’ensemble du spectacle.
Ces rencontres dans un espace sans décor sont le prétexte à des échanges alliant humour et dérision, illustrant le côté absurde de l’existence.
L’écriture de ces textes a été influencée par le théâtre dit de l’absurde apparu dans les années ’50 (Ionesco, Beckett, Pinter…). Dans ce genre de théâtre, l'absurdité des situations et le désordre du langage permettent de mettre en scène des personnages dont l’existence est dénuée de signification dans un monde déraisonnable où ils se débattent, un monde que l’on préfère souvent qualifier d’imaginaire pour ne pas être obligé de constater que celui dans lequel nous vivons y ressemble comme deux gouttes d’eau.

" Nous ne sommes pas libres. Le ciel peut encore nous tomber sur la tête. Et le théâtre est fait pour nous apprendre tout cela. "
Antonin Artaud

La mise en scène choisie abolit la barrière du quatrième mur permettant au jeu des acteurs de se projeter vers le public qui se trouve de ce fait incorporé au diapositif scénique.

Nous allions nous retrouver à sept dans cette aventure. Six comédiens : Olivia Bouillot, Louise R. Caron, Michel Caron, Martine Gazon, Pierre Letailleur et Patrick L'Homme (ce dernier ne pourra malheureusement participer à l'ensemble des représentations à la suite d'un accident).
Et une assistante qui assurera le suivi lumières-sons : Danièle Grosselin.

La première aura lieu en octobre 2009 dans une salle bondée, et l'aventure continuera jusqu'en mai 2010.


Quelques photos valent mieux que beaucoup d'explications :