mardi 14 octobre 2014

AUTOUR DE L'OPÉRA DE QUAT'SOUS (1)

Autour du travail sur Brecht et L'Opéra de Quat'sous que font ce trimestre les participants à l'atelier de formation théâtrale de la Compagnie T2A m'est venu l'idée de fouiller dans mes archives pour faire émerger quelques documents.
L'Opéra de Quat'sous… sans doute la pièce dont j'ai vu jouer le plus de versions différentes en concurrence avec le Dom Juan de Molière).
A tout seigneur tout honneur, je commencerais par un dossier édité par le Théâtre de l'Est Parisien (TEP) en 1974 (la première version à laquelle j'ai assisté, dans la mise en scène de Guy Rétoré). C'était l'habitude durant cette période du TEP d'éditer pour chaque spectacle un dossier contenant reproduction de gravures et textes. Je reproduirais donc ci-dessous quelques documents de ce dossier. Parmi les textes, le plus intéressant est celui de Brecht lui-même sur la musique. Du côté de ses exégètes, il ne faut pas oublier que nous sommes alors en pleine période d'appropriation néo-stalinienne (pas toujours néo !) du dramaturge. Je ne résiste pas au plaisir de citer les précautions que prend un certain Arturo Lazzari pour introduire son commentaire sur l'Opéra : "En 1926, Elisabeth Hauptmann, traduisit de l'anglais, "l'Opéra des gueux" de John Gay ; Brecht, qui dans les années précédentes, s'était débarrassé de son passé expressionniste, dadaïste, anarchiste,…" (Oh ! St-Staline… protégez-nous du mal !).


Couverture dossier Opéra de quat'sous

Présentation dossier Opéra de Quat'sous


A l'origine du texte, L'Opéra du Gueux (parfois nommé comme ici "des gueux".





Sainte Alliance. Dessin de Thomas-Théodor HEINE (1867-1948), un des fondateurs du journal satirique allemand "Simplissimus".



L'IMPORTANCE DES SONGS POUR BRECHT

George GROSZ (1893-1959)
Deux filles. PASCIN (1885-1930)

Bernard DORT (1929-1994)
Sketch. Dessin de Otto DIX (1891-1969)

mercredi 8 octobre 2014

Rencontre avec Tadeusz Różewicz

Mardi 7 octobre 2014. Hier, il pleuvait,… Demain, il pleuvra,… Quand à aujourd'hui ! 
Il faut du courage pour mettre le nez dehors, surtout s'il s'agit d'assister à un court spectacle (?) intitulé Rencontre avec Tadeusz Różewicz. Ceci en référence à un poète/auteur polonais, décédé il y a  quelques mois, dont tout ce que je sais est que je n'en ai jamais entendu parler (caractéristique peu personnelle !). Rien qu'au titre, on sent venir la démonstration intello-soporifique ! Les critères incitant à se bouger ne sont qu'indirectement liés au spectacle (??) lui-même. Il s'agit d'une représentation du Cratère d'Alès en décentralisation à Anduze (5 mn en voiture !). Et elle est due à la Compagnie Machine Théâtre, une des meilleures de notre région, qui n'a pas pour habitude de secréter l'ennui ou l'indifférence.
Première surprise, une audience numériquement correcte, bien que composée de spectateurs visiblement aussi ignorants que moi de ce à quoi ils viennent assister.
Deuxième surprise, le spectacle lui-même.
Avant de débuter, quelques mots du metteur en scène de Machine Théâtre, Nicolas Oton, situant l'auteur, sa poésie et son théâtre, le désir de le faire connaître. Référence au théâtre de l'absurde et à Beckett. Beckett auquel on ne peut s'empêcher de penser tout au long du spectacle. A commencer par le magnétophone qui débite des poèmes de l'auteur, tellement semblable à celui de La dernière bande. On découvre une poésie directe, sans mièvrerie et pleurnicherie. Petite crainte au bout du troisième poème. Je me souviens de mon ennui à une représentation de La dernière bande,… qui semblait ne vouloir jamais s'arrêter de défiler. Et si j'allais revivre ce soir cet ennui ! Heureusement, il n'en est rien. Après quelques poèmes "sonores", c'est un des comédien qui prend la parole et nous fait partager, sans emphase et avec une grande sincérité, le trajet poétique de Różewicz. Aux antipodes de ces "poètes" qui pensent que l'on peut faire de la poésie dans un environnement confortable, à coup de "bons" sentiments, de "belles" images, de clichés et de métaphores ampoulées. On est ici au coeur de la plaie,… plaie qui saigne ou qui cicatrise mais qui reste toujours apparente.
Et puis mon imagination fait ressurgir l'image de Beckett dans la dernière partie de la soirée. Un souvenir remonte, celui de Fin de partie, et de "ma" poubelle de laquelle, il y a pas mal d'années, je suivais de jour en jour l'évolution des rapports entre Hamm et Clov. Les deux personnages de la pièce de Różewicz sont de la même trempe, si semblables et si différents de ceux de Beckett,… Le même enfermement.

Quand la lumière se rallume dans la salle, je suis content d'avoir non seulement "rencontré" mais découvert un auteur, une écriture,… En attendant de compléter la découverte par la représentation de La sortie de l'artiste de la faim — même auteur, même compagnie — dans un peu plus d'un mois.

lundi 8 septembre 2014

La pensée du jour (29 août 2014). Nietzsche : La naissance de la tragédie.

Dans la citation ci-dessous Nietzsche s'en prend en particulier à ce que plus tard Brecht critiquera à son tour : la dramaturgie dite Aristotélicienne et son idée de la "catharsis" ("purgation psychique" du spectateur par identification au comédien, et à travers lui au personnage) :
"Ce soulagement pathologique, la catharsis d'Aristote, au sujet de laquelle les philologues ne savent pas au juste si elle doit être classée parmi les phénomènes médicaux ou les phénomènes moraux" (Nietzsche)
"A la technique de l'illusion d'un art théâtral reposant sur l'identification, le nouvel art théâtral oppose la technique de ce que nous appelons les effets de distanciation… Les données brutes (situations, hommes, opinions, émotions, etc.) perdent, grâce aux effets de distanciation, leur statut d'évidence, ce qui signifie qu'on les dépouille de leur valeur d'a priori et leur confère les caractères de l'unique, de l'historique et du changeable" ( Brecht)


"Les plus nobles artistes escomptaient (…) l'excitation des sentiments moraux et religieux, et l'évocation vicariante de la "loi morale universelle" intervenait à l'endroit précis où le spectateur devait être fasciné par un effet artistique d'une puissance irrésistible. Ou bien quelque mouvement grandiose, tout au moins troublant, de la vie politique ou sociale contemporaine, était représenté par le dramaturge, si bien que l'auditeur pouvait oublier sa fatigue critique et s'abandonner aux sensations qu'il eût éprouvé à des époques d'enthousiasme patriotique ou belliqueux, ou devant la tribune du parlement, ou encore à la condamnation du crime et de l'infamie ; de sorte que cette méconnaissance des fins propres de l'art dut ça et là aboutir directement au culte du tendancieux. Mais alors il se produisit ce que l'on eut à constater de tout temps dans les arts factices : un abâtardissement très rapide de ces tendances ; au point que, par exemple, la tendance de faire du théâtre un instrument d'éducation morale du peuple… est classée désormais parmi les antiquités invraisemblables d'une culture abolie. Tandis que le critique détenait le pouvoir au théâtre et au concert, le journaliste à l'école, la presse dans la société, l'art dégénérait à n'être plus qu'un objet d'agrément de la plus basse espèce possible et la critique esthétique était utilisé comme le moyen de cohésion d'une sociabilité vaine, dissipée, égoïste et, par-dessus tout, misérablement vulgaire…"
(La Naissance de la tragédie, poche p. 163-4).

Autres "pensées du jour" : 
CITATION DE WILLIAM MORRIS
CITATION DE MAURICE JOLY
CITATION DE FRIEDRICH NIETZSCHE
CITATIONS DE LA TRILOGIE D'ARNOLD WESKER
CITATION DE ROBERT LOUIS STEVENSON
- Réflexions d'un scientifique : Jacques Testart
CITATION EXTRAITE DU PARAGRAPHE FINAL DE "LA POLITIQUE ET LA LANGUE ANGLAISE" DE GEORGE ORWELL
- Citations relevées au Musée Magritte de Bruxelles


dimanche 7 septembre 2014

Qu'est l'espingouin devenu

Dans un entretien paru dans Le Monde du 17 mai 1974 à propos du roman Laissez bronzer les cadavres (Editions Gallimard, 1971), Jean-Patrick Manchette insistait sur la nécessité d'établir une liste d'incidents telle qu'il se passe toujours quelque chose. Une contrainte voisine s'est imposée durant l'écriture de "Qu'est l'espingouin devenu". J'espère que le rythme de l'écriture qui en résulte entraînera le lecteur et suscitera son imagination. Mais laissons la parole au narrateur :


"L’idée d’écrire l’histoire de l’Espingouin m’est venue à la suite d’une conversation avec un ami, à la terrasse d’un bistrot crasseux dans une ville du Nord du Mexique. Je profitais d’un voyage d’affaire en France pour me présenter à son dernier domicile connu. J’allais y faire la connaissance du locataire actuel, Robert. Le faire parler fut toute une histoire. Je fus accueilli par un écriteau « Si vous passez devant chez moi ! N’entrez pas ! Ne tapez pas à ma porte ! ». Finalement, Robert allait me confier ce qu’il avait glané dix ans auparavant sur l’Espingouin. D’après un de ses anciens camarades bien placé dans une sous-préfecture et bénéficiant de relations utiles, l’affaire aurait été liée à une collaboration entre polices espagnole et française portant sur un vieux dossier classé « sans suite ». Mais était-ce si simple ? Et qui était vraiment Robert ?" (4ème de couverture de "Qu'est l'espingouin devenu").





74 pages - ISBN : 9782748398113 


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Lire les premières pages

vendredi 4 juillet 2014

LA PENSÉE DU JOUR (décembre 1914-Juillet 2014) : KARL LIEBKNECHT


En décembre 1914, Karl Liebknecht fut le seul à voter contre les crédits de guerre. L'extrait de lettre qui suit est adressée à la rédaction du Labour Leader (journal de l'Independent Labour Party, parti anglais qui fut un des seuls en Europe à s'opposer à la Première Guerre Mondiale). Un an et demi plus tard, le 1er Mai 1916, pour avoir parlé au Rassemblement contre la guerre sur la Potsdamer Platz à Berlin, il fut immédiatement arrêté, puis condamné pour haute trahison. C'est la Révolution de Novembre 1918 qui le libérera. Il sera assassiné sur ordre du ministre de l'intérieur SPD Noske, le 15 janvier 1919

"Ce n'est que dans la collaboration des masses laborieuses de tous les pays en faveur de la paix que réside dès maintenant, durant la guerre, le salut de l'humanité. Nulle part ces masses n'ont voulu la guerre, nulle part elles ne la veulent. Doivent-elles, ayant au coeur la haine de la guerre, continuer à s'entredéchirer ? Aucun peuple ne doit commencer à parler de paix, eh bien, qu'ils en parlent tous en même temps. Et celui qui le premier en parlera montrera de la force, non de la faiblesse, et récoltera gloire et gratitude." Karl Liebknecht, Berlin, décembre 1914.


Funérailles de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht (janvier 1919)