mardi 19 mai 2015

SUR LES RAYONS DE MA BIBLIOTHÈQUE (6) : CHAVAL

Condensé de la Biographie de Chaval (1915-1968), par Chaval :

"Chaval est né il y a déjà quelques temps, il va bien je vous remercie.
Physiquement il vous ressemble un peu, peut-être un peu moins grand que vous.
Marié à une femme il possède un chien qui lui sert aussi de secrétaire.
Il est très aimable et très simple malgré son immense talent".














jeudi 19 mars 2015

LA CITATION DU JOUR : CHRISTIANE ROCHEFORT

Pourquoi Christiane Rochefort (1917-1988) ?
- Parce que l'on ne lit plus assez (plus du tout ?) cette auteur(e) aux propos souvent dérangeants.
- Pour citer les dernières phrases d'un de ses plus beaux livres, LA PORTE DU FOND, publié l'année de son décès. Ce livre est le  récit d’un inceste. Récit à la première personne, dur et pudique, au style percutant, mais sans aucun misérabilisme. Et qui se conclue par : 


 "Le malheur, ce n'est pas le sexe. Le malheur c'est le Patron."






Voorkant 


Née le 17 juillet 1917, c'est avec son roman "Le repos du guerrier" qu'elle entre en littérature, en 1958. Le livre est refusé pour le prix Fémina, «Le couronner -- dixit la présidente du jury de l'époque -- c'était répandre le vice au sein des familles».

lundi 9 mars 2015

LA PENSÉE DU JOUR (09/03/2015) : Zeev Sternhell (La droite révolutionnaire)

À une époque où le terme de fascisme est employé à tort à à travers, comme une insulte, comme un épouvantail, mais rarement en se questionnant sur le contenu et l’historique de cette dénomination , les livres de Zeev Sternhell (1935-2020) sont fondamentaux. Cet historien israélien est sans aucun doute l'un des meilleurs spécialistes d'un courant historique dont les racines ont été enfouies par une espèce de censure collective. Tous ses ouvrages sur les fascismes, le socialisme national,… sont à lire. Mais il faut sans doute commencer par son grand classique "La droite révolutionnaire, Les origines françaises du fascisme 1885-1914" (Collection Points Histoire ou Folio Histoire).
Une citation de la conclusion (p. 415 chez Points) de cet ouvrage :

"Tant par rapport au marxisme que par rapport au libéralisme, la nouveauté et l'originalité du système fasciste consistent précisément à vouloir mettre le capitalisme au service de la communauté, à neutraliser ses aspects les plus sordides en bénéficiant de ses réalisations techniques et en recueillant le maximum de profit de ses stimulations psychologiques. La recherche du profit reste le moteur de l'activité économique, et en cela le fascisme ne se différencie pas du libéralisme. Néanmoins, il s'en distingue radicalement, tout comme il se distingue du socialisme, lorsqu'il affirme le primat du politique. C'est sur la subordination de l'économie à la politique que compte finalement les fascistes pour construire un ordre nouveau, sans porter atteinte à la propriété privée et aux vieilles structures économiques.
La force coercitive de l'État moderne apparaît donc au fascisme comme le seul moyen qu'il a d'atteindre son objectif final : l'harmonie, la coopération et la réconciliation des classes sociales par l'intégration, au passage, du prolétariat au sein de la communauté nationale"




jeudi 5 février 2015

LA MEMOIRE, LE DIABLE,… ET LA MER


« … Les souvenirs ne font pas revenir le réel, ils agencent des morceaux de vérité pour en faire une représentation dans notre théâtre intime. Le film que nous projetons dans notre monde psychique est l’aboutissement de notre histoire et de nos relations…
… Dans tous les cas, ce sera vrai comme sont vraies les chimères, ces monstres imaginaires où tous les éléments sont vrais… »
Boris Cyrulnik, Sauve-toi, la vie t’appelle, p. 125.

Si j'ai placé cette citation en exergue de ma pièce ENTRE LE DIABLE ET LA MER BLEUE PROFONDE, c'est que ce livre fut une des petites étincelles qui déclencha son écriture. Avant même d'ailleurs d'avoir lu le livre. Je n'avais vu que sa présentation par son auteur lors de l'émission La Grande Librairie lorsque je pris la décision d'écrire une pièce sur la mémoire. L'analyse de la mémoire comme "chimère", sorte de rêve éveillé, ne constituait-elle pas en elle-même un matériau théâtral ? Partant de cela différentes pistes méritaient d'être explorées : la mémoire comme réorganisation présentable ou simplement agréable de son propre passé, la perte de mémoire plus ou moins pathologique, la mémoire imposée comme normalité sociale (manipulation de la mémoire),… C'est à cette dernière piste que j'ai finalement privilégiée. 

Contrairement, je le suppose, à beaucoup de gens qui écrivent, j'aime bien commencer par le titre. Celui-ci constitue alors une contrainte qui va influencer le reste de l'écriture. Et là également, la mémoire est présente. Ce titre, j'aime le faire surgir d'une écriture antérieure, sans lien évident avec le propos traité. Dans la cas présent, ma "novella noire" Qu'est l'espingouin devenu fut à l'origine du titre. Une large partie de celle-ci est consacrée à un chanteur de Rock n' Roll déchu, dont la chanson fétiche est "Between the Devil and the Deep Blue Sea" (cf. Autour de l'Espingouin… et de trois petites notes de musique). Tant la sonorité de ce titre (ici de sa traduction littérale), que son contenu cauchemardesque m'ont paru correspondre à l'atmosphère que je désirais générer dans la pièce. Le "style" s'imposait alors d'emblée : celui de la fable, sorte de métaphore du monde où nous vivons, non naturaliste mais ancrée dans la réalité. Fable, il va de soi, sans morale. La "leçon" à tirer, s'il y en a une, étant laissée à l'intelligence du spectateur.

Un autre point à préciser. Est-ce un hasard si j'ai mis la dernière touche (enfin pour l'instant) à cette pièce en 2014. Bien entendu non. Nous étions alors en plein délire commémoratif de la première boucherie mondiale. Si cet "anniversaire" permettait à quelques bribes de réflexion de se frayer un chemin (cf. par exemple la pièce Pages arrachées, 19149-1915), elle était aussi l'occasion de tous les discours nationaux/nationalistes, glorification des poilus assassinés par cette guerre (jamais des déserteurs et réfractaires divers des deux camps, rarement des pauvres types fusillés pour l'exemple), y compris au travers de séances de bourrage de crâne dans les écoles (celui-ci a trouvé plus récemment à s'exercer… mais c'est une autre histoire). Le tout sous les appels claironnants au "devoir de mémoire". Et quelque part, c'est aussi un peu de cela que parle la pièce. De l'édification d'une mémoire officielle, d'une vérité d'État (ou de n'importe quel pouvoir, peu importe), vraie "comme sont vraies les chimères". Elle nous rappelle que la mémoire "collective" est toujours un moyen de contrôle social, d'embrigadement. Ce n'est pas pour rien qu'elle est remise sur le tapis dans toutes les périodes de crise profonde, de préparation à la guerre,… Qu'à son opposé, la réflexion critique sur la passé est une nécessité pour l'élaboration d'une pensée libre, l'élaboration d'une éthique, et quand il le faut pour la confrontation de conceptions divergentes.

P.S. Au moment où j'écrivais ces lignes, paraissait dans la presse une information comme quoi l'armée britannique constituait une "brigade Facebook", dont le rôle pourrait être "entre autres" de désinformer afin de peser sur l'opinion publique et de distiller des fausses informations. Il n'est pas précisé si ces fausses informations seront formatées afin de pouvoir s'inclure dans un "devoir de mémoire" particulier.