jeudi 30 août 2018

FORMATION THÉÂTRALE 2018-2019


PREMIER COURS LE LUNDI 17 SEPTEMBRE 19H15





- Les lundis 19h15-22h00

- WE 1 : Samedi 17 novembre 2019, 13h45-18h30
Dimanche 18 novembre 2019, 10h00-18h30

- WE 2 : Samedi 9 février 2019, 13h30-18h30
Dimanche 10 février 2019, 10h00-18h30

- WE3 : Jeudi 28 mars 2019, 19h00-22h00
Vendredi 29 mars 2019, 19h00-22h00
Samedi 30 mars 2019, 14h00-22h00.



Plus d'informations : http://theatreateliert2a.blogspot.com/p/presentation-de-latelier-t2a.html


lundi 13 août 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'Avant l'Exil (3)

Un court chapitre inédit ne figurant pas dans la version définitive du roman : un point de vue de la fille du personnage, Fanny.


Santo Tomas, 9 septembre 2013


Au début des années 1960 j’aurais donné une part de ma jeunesse pour goûter à ce que les citadins nomment des vacances. Par la suite, les derniers étés avant le grand départ ont été marqués par le flux et le reflux des envahisseurs. Les touristes venus se chauffer au soleil du sud. Néerlandophones buveurs de bière en juillet. Franco-français haussant la voix de peur qu’on ne remarque pas leur présence en août.

Pour mes parents, être en vacances signifiait simplement ne pas travailler. Trois semaines de repos ! Le luxe ! Pour moi ne pas aller à l’école. Plus tard au collège.
Même si notre appartement de la Rue Basse était un peu exigu, il ne manquait pas autour de chez nous de ballades à faire à pied, de lieux à voir ou revoir que l’on atteignait au pire en une demi-heure de Simca. Comme la filature de « Maison Rouge ». Nous l’avons visitée régulièrement chaque première semaine des vacances. Jusqu’à sa fermeture. En 1963, ou en 1964. Je ne sais plus précisément.
Et puis j’avais mon piano. Mon petit piano droit plaqué contre le mur de la pièce principale. Mes parents ne voulant à aucun prix que son bruit puisse causer une fâcherie avec les voisins, je profitais des vacances scolaires qui ménageaient des tranches horaires où je pouvais martyriser les touches à loisir. J’allais entreprendre une nouvelle séance de massacre pianistique quand mon père est entré avec un masque de conspirateur. De le voir dans cet état, je pouvais m’attendre à tout, sauf à ce que j’allais entendre :
— Nous allons partir deux jours en vacances !
J’évitais de prendre un air par trop étonné. Il aimait bien que ses paroles paraissent être des évidences. Question de principe ! Et puis le ton employé ne permettait aucun étonnement. Surtout pas sur la courte durée de la période annoncée. Bien réduite pour qualifier ça de vacances. De me voir ainsi, hébétée, bras ballants, goule ouverte, comme il disait, ça ne lui inspirait pas de prolonger la conversation. Autant attendre le dîner pour avoir le fin mot de l’aventure… Nos vacances éclairs nous conduiraient à Rivesaltes. Plus précisément, comme il le prononçait : Ribesaltes. Prononciation espagnole ! Ou catalane, façon espingouin !
Tout était prévu, programmé. Il avait réservé dans un petit hôtel, presque dans le centre, pour la nuit que nous allions passer sur place.  
Il ne restait plus qu’à organiser l’expédition ! Tenues de rechange pour toutes les circonstances. Cas de pluie ! D’orage ! De grêle ! Et le froid… Ne pas l’oublier le froid. Rien de plus traître que le froid là où il fait chaud ! Ça vous tombe comme ça, le soir, sur les épaules. Parfois il est trop tard quand on s’en aperçoit. Et puis il y avait de la place dans la Simca ! Trois dans une voiture faite pour quatre. Un palace !

Soyons sincère. Tout à fait sincère ! Aujourd’hui où j’ai dérivé vers un autre continent, j’ai l’air de prendre tout ça à la rigolade. À la légère, avec un sourire limite narquois. Mais cet été-là, mon excitation n’avait fait que grandir de jour en jour jusqu’à notre départ pour Rivesaltes. J’en avais perdu le sommeil.
Et puis le grand jour !
Debout avant l’aurore ! À vacances exceptionnelles, spectacle exceptionnel. Celui du soleil levant ! Avec la perspective d’arriver pour l’heure du déjeuner. Si possible ! En attendant, le plaisir de déchiffrer les indications portées par les panneaux de signalisation. À rêver éveillés : Montpellier… Béziers… Narbonne ! Et puis, avant d’arriver, presque l’Espagne… Figueras… Girona…
Et finalement Rivesaltes,… pardon,… Ribesaltes, tranquillement posée au bord de l’Agly.
Après la descente d’une rue en forte pente, nous avons trouvé sans difficulté une place pour garer la Simca, auprès de l’hôtel où mon père avait réservé une chambre dite familiale. En pension complète pour une nuit. Repas simple à l’ombre d’une terrasse ensoleillée. Puis découverte de la ville. Sans perdre de temps ! Demain à la même heure il faudrait nous préparer à repartir.
Tout était réuni pour que ces deux jours laissent un souvenir idyllique. Un incident tout de même… Au moment où nous débouchions sur une place entourée de palmiers, au milieu de laquelle trônait une statue équestre vert-de-grisée. La découvrant, mon père cracha au sol. Pas son habitude ! Je ne l’avais jamais vu accomplir ce geste répugnant ! Nous nous sommes bien vite détournés du cheval planté les quatre fers au sol et de son cavalier, désireux d’oublier rapidement cet épisode.
Le soir, bien épuisés par la marche, nous sommes passés à table, dans la salle à manger de l’hôtel. Nous étions à peine installés qu’arrivait la serveuse.  Qui nous balança ce leitmotiv des tables hôtelières :
— Vous prendrez un apéritif !
Refuser reviendrait à passer pour des pauvres. Pire, des grippe-sous, des rapiats.. Des rats !
La grosse ficelle de la serveuse, prononcée avec une grâce maladroite, entraîna une réplique immédiate de mon père :
— Oui, trois muscats !
Ce n’est pas le choix qui m’étonnait alors. Notre promenade en ville avait été suffisante pour nous faire comprendre que le vin de muscat est à Rivesaltes,…  pardon Ribesaltes, ce que Jeanne d’Arc est à Domrémy ! Ce qui m’étonnait c’était le chiffre trois, alors que je n’avais jamais avalé une goutte d’alcool.
— Il faut absolument que tu y gouttes. Tu ne finiras pas ton verre. Je le finirai pour toi ! Et respire bien hein, respire,…
On ne recule pas devant une telle invite. Le verre posé devant moi j’y trempais les lèvres, laissait couler quelques gouttes sur la langue, puis dans le fond du gosier. Assez pour une première expérience. Un goût sucré qui se répandait sur le palais et la langue, suivi d’une étrange sensation. Pas suffisant pour faire tourner la tête. Un peu tout de même. Comme prévu, mon verre fut rapidement saisi par la poigne paternelle.
Ce qui suivit conduisit mon imagination à baguenauder. À mesure que le niveau baissait dans le premier verre, puis le second, les yeux de mon père s’embrumaient. Il était ailleurs ! Absent ! Autre part ! Au bout de quelque chose qu’il était seul à connaître.
J’avais beau m’interroger. J’étais à sec d’interprétation. Une seule chose à faire. Attendre. Et effectivement il atterrit de nouveau parmi nous au milieu du repas. Il se remit à parler, à nous faire des commentaires sur la chance que nous avions de bénéficier d’un temps clément. Pas trop chaud, juste ce qu’il faut. Comme si rien ne particulier ne s’était passé.

Rien à dire du retour. Sinon que le passage à vide de la veille continuait à me trotter dans la tête. Et la vie reprit son cours. Le quotidien avec sa dose d’oubli. Ou presque !
Jusqu’à ce que je me plonge dans ces fichus cahiers !
Alors que la plupart des pages sont d’une écriture serrée, régulière, quelques-unes sont plus heurtées, traversées par une sorte de vertige d’en finir avec l’écriture. Pas toujours aisées à déchiffrer. C’est le cas en particulier de quelques lignes qui semblent avoir été ajoutées dans un second temps vers la fin de son deuxième cahier.  

« Janvier 1940. Plus de notion précise de la date depuis longtemps. Nous sommes tout un troupeau d’indésirables étrangers. La police nous embarque, chargement de bestiaux, vers le camp de Rivesaltes. Des vacances ils nous disent !... Fumiers. 

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Autres pages arrachées :

http://caronmichel.blogspot.com/2018/01/phrases-arrachees-aux-memoires-davant.html

http://caronmichel.blogspot.com/2018/01/phrases-arrachees-memoires-avant-lexil.html


 

mercredi 4 juillet 2018

Pauvre Rinus



À propos de Marinus ("Rinus")


Marinus van der Lubbe (13 janvier 1909-10 janvier 1934), chômeur hollandais de 24 ans, incendiaire présumé du Reichstag de Berlin dans la nuit du 27 au 28 février 1933. Son procès s’ouvre le 21 septembre 1933, devant la Cour Suprême de Leipzig. Le 23 décembre, il est condamné à mort. Il est guillotiné le 10 janvier 1934.
Ce jugement est cassé, à titre posthume, le 21 avril 1967 par un tribunal de Berlin, et sa condamnation officiellement jugée « illégale » par les services du procureur fédéral allemand le 10 janvier 2008. Cette décision ne se prononce pas sur la culpabilité ou l’innocence de van der Lubbe, mais sur le fait que le verdict avait des motifs politiques.

https://www.facebook.com/Pauvre-Rinus-1819607348118490/Pauvre Rinus sur FB

 
 

lundi 25 juin 2018

Avignon Off 2018 : nouvelle chance.

Avignon Off 2018. Quelques spectacles vus dans le passé proche à Avignon... ou ailleurs... et chaudement recommandés.

ATELIER 44
Le ballon blanc (jeune public)

COLLÈGE DE LA SALLE
Le misanthrope (vs politique)

CONDITIONS DES SOIES
Le dernier jour d'un condamné (vu à Paris)

CORPS SAINTS
Proudhon modèle Courbet

ESSAION-AVIGNON
Liberté

GIRASOLE
Assoiffés

PETIT LOUVRE
Juste la fin du monde
Regardez la neige qui tombe

PRESENCE PASTEUR
Les pieds tanqués

THÉATRE DES HALLES
La France contre les robots (vu à Alès)

à suivre...




La citation du jour (25/06/2018) : Hop Là, Nous Vivons! (Ernst Toller)

Prologue :

Toller. - Les hommes ont-ils tiré les leçons des sacrifices et des souffrances, du désespoir d'un peuple, ont-ils compris le sens et l'avertissement, les devoirs imposés par ces temps ?
Les républicains, qui livrent la république à ses ennemis.
Les bureaucrates, qui étouffent courage et liberté, audace et foi.
Les écrivains qui, après avoir créé une image romanesque du travailleur en lutte, renoncent, dès qu'ils se trouvent en face du véritable travailleur, avec sa force et sa faiblesse, sa grandeur et sa petitesse.
Les politiciens réalistes, sourds à la magie du mot, aveugles à la puissance de l'idée, muets devant la force de l'esprit.
Les fétichistes de l'économie, pour lesquels les forces morales du peuple et les grandes impulsions de l'homme, sa soif nostalgique de liberté, de justice et de beauté, ne sont que vices.
Non, ils n'ont rien appris— tout oublié et rien appris.
La barbarie triomphe, le nationalisme, la haine raciale abusent les yeux, les sens et les coeurs.
Le peuple attend son salut de faux sauveurs et non de son jugement, de son travail et de sa responsabilité propres. Il se réjouit des chaînes qu'il se forge lui-même et, pour les faux fastes d'un plat de lentilles, vend sa liberté et sacrifie la raison.
Car le peuple est fatigué de la raison, fatigué de la pensée et de la réflexion — « Qu'a donc fait la raison, ces dernières années ? demande-t-il, et de quelle aide lumières et jugement nous ont-ils été ? »
Et il croit ce que lui disent les contempteurs de l'esprit, qui enseignent que la raison paralyse la volonté, ronge les racines de l'âme et détruit les fondements de la société, que toute misère, sociale ou privée, est son oeuvre.
C'est toujours la même absurde croyance en la venue d'un homme, d'un chef, d'un César, d'un messie qui fera des miracles, prendra sur lui la responsabilité des temps à venir, réglera la vie de tous, bannira la peur, supprimera la misère.
C'est toujours le même absurde désir de trouver le coupable qui endosse la responsabilité des temps passés, sur lequel on puisse se décharger de son propre renoncement, de ses propres fautes et de ses propres crimes.
Liberté, humanité, fraternité et justice, autant de phrases vénéneuses — qu'on les jette aux ordures !
Apprends les vertus du barbare, opprime le faible, élimine-le, brutalement et sans pitié, désapprends à sentir la souffrance d'autrui, n'oublie jamais que tu es né pour être un vengeur, venge-toi pour les offenses d'aujourd'hui, celles d'hier et celles que l'on peut te faire demain !
Où est la jeunesse de l'Europe ?
Elle, qui avait reconnu que les lois du vieux monde sont en pièces, qui a vécu jour après jour, heure après heure, leur effondrement ?
Elle vivait et ne savait pas pourquoi. Elle avait soif de buts directeurs, de réaliser ses grands rêves hardis — on la consolait avec l'ivresse du vide.
Suit-elle vraiment les faux prophètes, croit-elle le mensonge et méprise-t-elle la vérité ?

lundi 18 juin 2018

LECTURES THÉÂTRALES EN AVIGNON

Cette année 2018, la Cie T2A participera à Avignon Off au travers de la lecture de larges extraits de deux pièces.
Ces lectures s'inscrivent dans la manifestation "Les EAT Méditerranée à L'Isle 80", organisée par la délégation Méditerranée des Écrivains associés du Théâtre. Entrée gratuite. Plus de détails sur les flyers reproduits ci-dessous, ainsi que sur le site des "EAT-Med" : http://leseatmed.blogspot.com/




mercredi 2 mai 2018

Mémoires d'avant l'Exil



L’idée de départ ?

Le parcours d'un homme appartenant à la génération qui nait immédiatement après la première guerre mondiale. Génération qui n'a pas connu cette guerre mais qui en porte nécessairement les séquelles. Et qui va se retrouver dans une période tourmentée : prémices de la deuxième guerre mondiale, guerre civile espagnole,… Avec ses choix difficiles et ses secrets bien dissimulés. Y compris lorsque, approchant de la cinquantaine, il sera arrêté et extradé avec sa famille vers le Mexique.
Derrière ce parcours se profilent des questions :
- comment un individu va être amené, dans un contexte qui lui échappe, à faire un choix ou à refuser l’alternative qui lui est imposée ?
- qu’est ce-qui motive le désir tardif de cet homme de se mettre à écrire, pour raconter, peut être transmettre, l’aventure d’une vie dont il n'a jamais voulu parler ?

 

La peinture subjective d’une époque.

J’étais particulièrement intéressé par l’interaction de mon personnage imaginaire avec des lieux, des évènements, une époque,… Pas à la manière d’un historien ou en faisant de l’histoire romancée. Mais en assumant la vision subjective d’un individu qui n’a qu’une compréhension parcellaire de ce qui se passe. Subjectivité renforcée par le fait qu’il se remémore les épreuves qu’il a traversé des décennies après les avoir vécues.


Le récit


Récit à la première personne, constitué de cahiers rédigés par un homme vieillissant qui se libère des secrets d’une vie dont il n'a jamais voulu parler. Né après la Première Guerre Mondiale, il aura connu des années tourmentées : prémices d’une nouvelle guerre, guerre civile espagnole, enfermement dans le camps de Rivesaltes dont il s’échappera,… Parvenu à une vie paisible, il sera finalement rattrapé par son passé.

Ses mémoires, sous forme d’un journal structuré en 5 cahiers, couvrent la période 1919-1968 (de sa naissance à son arrestation suivie d’un exil forcé au Mexique) :

1. Paris (jusqu’en 1937)
2. Barcelone (1937-1939)
3. Rivesaltes (1939-1940)
4. Cévennes (1940-1948)
5. Jusqu’au 13 avril 1968, qui retrace le processus qui conduira à son arrestation et à son exil.
 
Disponible à partir du 12/01/2018 : https://complices-editions.fr/michel-caron.html